Cinq botanistes, cinq personnages aux cheminements singuliers, ont arpenté les chemins le long des vallons et des plateaux du Pays d’Auge jusqu’aux dunes du littoral pour y dresser l’inventaire des plantes.
Louis-Alphonse de Brébisson (1798 – 1872) est né à Falaise et a vécu au château de Carel. Il a parcouru les berges de la Dives et les environs de Saint-Pierre-sur-Dives. Ses nombreux relevés ont été publiés dans Flore de la Normandie dès 1836. La médiathèque André Malraux de Lisieux conserve dans ses réserves un Herbier prairial, collection d’échantillons desséchés des plantes propres à entrer dans la composition des prairies et des pâturages. Réalisé à Falaise en 1838, chaque exemplaire original contenait plus de cent plantes séchées et le prix de souscription était de 12 francs.
Jean Victor Durand-Duquesney
Jean Victor Durand-Duquesney (1785 – 1862), originaire de Basseneville, a consacré 40 ans de sa vie à herboriser autour de Lisieux. En 1846, la Société d’émulation de Lisieux publie ses travaux sous le titre Coup d’œil sur la végétation des arrondissements de Lisieux et de Pont-l’Évêque, suivi d’un Catalogue raisonné des plantes vasculaires de cette contrée (Imprimerie J. J. Pigeon, Lisieux, 1846).
Il y décrit l’habitat naturel des plantes : « Les coteaux, où l’on ne voit presque pas de terres incultes, se composent de champs, de prés, de pâturages ; quelques bois couvrent leurs pentes les plus escarpées ; de fortes haies, la plupart ornées d’arbres de haute futaie, bordent les chemins ; de belles masses d’arbres vigoureux couvrent de leur ombre épaisse les nombreux ruisseaux et les ravins qui sillonnent la contrée, et y répandent une fraîcheur qui convient à plusieurs espèces végétales que l’on y voit en abondance et dans l’état le plus prospère, telles que Helleborus viridis, Primula elatior, grandiflora , Daphne laureola… »
Dans ce catalogue figurent des plantes aujourd’hui disparues, tel le Muscari comosum rencontré à Berville et à Lieury dont ne subsistent que quelques exemplaires près de la Maison de la nature à Sallenelles.

Marie-Caroline Poplu
Une femme, Marie-Caroline Poplu publie à Pont-l’Évêque en 1873 une Flore des rives de la Touques et des falaises de Trouville (Imprimerie C. Delahais). En une centaine de pages, elle brosse le portrait des familles de plantes communes ou rares qu’elle a collectées, parfois avec l’aide de son mari, de sa fille et de quelques amis. Les exemplaires de cette flore sont rares et la seule copie qui a pu être consultée est détenue actuellement par la bibliothèque universitaire de Marseille.
Biographie établie grâce aux recherches de la société historique de Lisieux : Marie-Caroline Quillet est née le 14 janvier 1814 à Villers-Bocage (14) fille de Pierre Quillet (receveur des droits) et Marie-Caroline Chuquet.
Sa mère est connue comme une poétesse française. Elle fut membre de l’’Académie des sciences arts et belles lettres de Caen de 1848 à 1867. Elle a publié « Poésies » (H. Dauge, Pt-l’Evêque , 1844), « Eglantine solitaire » (Amyot, Pt- l’Eveque, 1847) et « Une heure de poésie » (Delahais, 1865 ). Elle a composé des vers dès 1816. Elle évoque souvent ses fleurs, auxquelles elle semble très attachée.
Marie-Caroline grandit à Pont l’Evêque et se marie le 19 septembre 1831 à Pont l’Evêque, avec Alexis Poplu, médecin. Dès 1833 son mari prend le nom de Poplu-Maubisson. Ils résident à Manneville-la-Pipard.
Elle publie en 1873 donc sa Flore des rives de la Touque et des falaises de Trouville. En 1876, lors de 16° Exposition d’Horticulture de Lisieux, les herbiers de MM. Durand-Duquesney (1785-1862) et Vesque sont exposés au public, ainsi que ceux d’autres botanistes locaux, dont « Mme. Poplu-Maubisson de Manneville-la-Pipard » (Le Lexovien, 21 juin 1876, page 2). Elle- décède dans cette même ville le 25 mars 1892 à Manneville-la-Pipard, où elle est enterrée à côté de son mari.
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Arthème Pannier
Arthème Pannier (1817 – 1882) journaliste et archéologue, est né à Lisieux. Au fil de plus d’une centaine de petits carnets, il établit le relevé des monuments qu’il visite lors de ses balades et, en marge, dresse une liste des plantes qu’il rencontre. Les carnets sont conservés à la Société historique de Lisieux. Ils ont été référencés et sont en cours de numérisation.

Arsène Gahéry
Né en 1818, directeur de l’école primaire de Lisieux en 1839, puis professeur au collège et régent aux cours appliqués à l’industrie en 1864. Officier d’académie. Botaniste de renom. Membre de la société d’émulation de Lisieux. Membre de la société d’horticulture du centre de la Normandie (aujourd’hui société d’horticulture de Lisieux). Dès 1870, avec Arthème Pannier, il a crée l’école de botanique de Lisieux. Il donne des cours le dimanche matin qui sont publiés dans le bulletin de la société (Conservés à la médiathèque André Malraux). En avril 1872, la société change de nom pour devenir « la société d’Horticulture et de Botanique du centre de la Normandie ». Gahéry dessine les plans d’un « Jardin- école de botanique ». Cet ambitieux projet sera abandonné. (Recherches Françoise Dutour et société historique de Lisieux)

Roger Brun
Roger Brun (1906 – 1980), ingénieur agronome, s’installe à Friardel près d’Orbec en 1929. Depuis la ferme du Gros Chêne, il parcourt la Normandie pour traquer la faune sauvage. Il collecte aussi toutes les plantes qu’il rencontre et les met en herbier. Ses planches sont aujourd’hui conservées dans les réserves du muséum d’histoire naturelle du Havre.
La liste des botanistes ayant contribué à mesurer la diversité de la flore du Pays d’Auge s’étoffera encore au fil des recherches. Il faudrait aussi y associer les instituteurs qui ont réalisé des monographies communales à la fin du XIXe siècle. Ils ont parfois consacré plusieurs pages à dresser des inventaires botaniques.
La flore la plus remarquable est sans conteste celle d’Auquainville qui court sur 21 pages délicatement illustrées de croquis à la plume. 1887, l’institutrice Eugénie Hersan y liste plantes cultivées et plantes sauvages et précise, pour un certain nombre, des usages comme celui de la chélidoine « qui ronge les verrues »… A lire dans la revue Le Pays d’Auge de novembre-décembre 2025. Monographie communale disponible sur le site des Archives départementales du Calvados.

