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Connaître les champignons

Avant même de songer à manger un champignon, il faut parfaitement l’identifier. Une balade en Pays d’Auge avec Jean-Louis…

Pendant 25 ans,  Jean-Louis a guidé les sorties mycologiques de Montviette Nature.

Il a, maintenant, choisi de faire une pause et de partager ses connaissances avec les curieux. Il nous apprend à identifier les champignons rencontrés lors des balades en Pays d’Auge.

Reconnaître les caractères 

A dents : pied de mouton

En boule : vesse

A croûte : polypore

En coupe : pézize

A alvéoles : morille

A lames : lactaire

A plis : chanterelle

Semi-enterré : scléroderme

A rameaux : clavaire

Enterré : truffe

Illustrations extraites des ouvrages :  

A. Maublanc, Les champignons de France, éditions Paul Lechevalier, 1921 et Paul Dumée, Nouvel atlas de poche des champignons comestibles et vénéneux, éditions Librairie des sciences naturelles Paul Klincksieck, 1905. (Collection Montviette Nature)

Tous ces champignons ont été identifiés le long des chemins, dans les prés et  les bois. Sur la seule commune de Montviette, 800 espèces ont été découvertes en 25 ans de prospection..

A tubes : bolet

Aimer les mauvaises herbes

Celles que l’on appelle les « mauvaises herbes »  qui envahissent le jardin, celles dont on a tant de mal à se débarrasser pourraient-elles être aussi  des  alliées ?

C’est lorsqu’une plante peut être utile qu’on change son regard sur elle et qu’on peut enfin l’apprécier…

Orpin blanc
Pourpier sauvage
Roquette vivace
Roquette vivace
Aegopode panaché
Aspérule odorante
Origan
Des herbes à manger

On cueille les pissenlits au printemps pour préparer de délicieuses salades. Pourquoi ne pas y ajouter quelques brins d’orpin blanc ou «trique-madame»  qui colonise les murs et les rebords de toits, ou le «poivre des murailles»  ? Ces deux petites plantes grasses servaient autrefois à agrémenter les salades. La première rosette des chardons se cuisine. En bord de mer, il est possible de récolter les jeunes feuilles de la roquette vivace. L’ail des ours est en train de faire sa place en grande cuisine pourtant c’est une «peste» qui envahit les espaces frais un peu ombragés comme entre Saint-Martin-de-la-Lieue et Lisieux. L’origan qui pousse sur les talus peut être adopté aussi pour parfumer les plats.  Le pourpier, considéré comme une mauvaise herbe des potagers, fait son retour en cuisine, en salade ou cuit comme l’épinard…

Des plantes remèdes

La guimauve, plante sauvage du littoral, était réputée pour soigner les maux de gorge. Le fenouil bâtard, plante vivace des bords de côte, était appelé «anis» et cultivé dans les jardins dans le sud du Pays d’Auge pour soigner les indigestions, aider à la montée de lait des mères et des nourrices.

Soigner ses bêtes

La tanaisie était ramassée et parfois cultivée dans les jardins mais à l’écart pour ne pas être trop envahissante. Elle servait en litière dans la niche des chiens et  dans les poulaillers  pour chasser les puces et les tiques. Le petit géranium «herbe à Robert» était donné comme  fortifiant pour démarrer les poussins.  Les lapins en sont très friands.

Orner le jardin

Plutôt que de vouloir chasser à tout prix la ficaire aux petites étoiles jaunes des bordures, ne pourrait-on pas l’utiliser comme couvert sous les arbustes ?  Et pourquoi ne pas ramener au jardin l’aspérule odorante, petite plante forestière commune en Pays d’Auge ? Elle garnira le sol sous les arbustes et sera la bienvenue pour parfumer les laitages.
Quant à l’aegopode, peut-on lui trouver un peu de charme en accueillant la variété foliis variegatis, dite panachée, mise à l’honneur au XIXe siècle dans les rocailles et les grottes créées un peu partout dans les jardins de Normandie ?

Ce sujet a été mis à l’honneur au Garden en fête de Cabourg, les 16 et 17 avril 2016.

L’arbre aux chapelets

Les historiens estiment que l’usage du chapelet coïncide avec les débuts du culte à la Vierge Marie, probablement dès le Xe siècle.

Graines et gousses d'arbre aux chapelets
Histoire du chapelet

A l’origine, le chapelet est une couronne de fleurs appelée chapel ou petit chapeau. Cette couronne devient un objet religieux et se transforme. Le chapelet catholique est constitué de cinq dizaines de grains pour compter les Je vous salue Marie.
Dès le Moyen-âge, les chapelets sont fabriqués en perles de verre et le plus souvent en perles taillées dans des os de cheval. C’est le métier du patenostrier. Ces chapelets sont réservés aux paroissiens plutôt fortunés. Les pauvres doivent se contenter de matières peu chères. Ainsi, dans les couvents, on a cultivé un arbre sur lequel on récolte des graines qui sont ensuite enfilées.

L’arbre aux chapelets

Selon de récentes recherches menées par des historiens, il semblerait que, dès le Xe siècle, et jusqu’au XIIIe siècle, des moines cisterciens établis en Hongrie aient rapporté le Staphylea pinnata, puis l’aient cultivé dans les monastères de l’est de la France (Publication de la société des naturalistes luxembourgeois, 2000). Cette pratique se serait ensuite répandue dans l’ensemble du pays. Les graines récoltées fraîches au milieu de l’été servaient à fabriquer le chapelet des pauvres. Au XVIe siècle, dans le Nouvel herbier des plantes qui croissent en Allemagne de Jérôme  Bock, il est précisé à propos du staphylier : « on en  fait aussi des chapelets ». 

Les gousses de l'arbre aux chapelets

Cette culture se répand ensuite un peu partout en France. En Pays d’Auge, nous en avons retrouvé des sujets à Moyaux, Grandmesnil, Saint-Martin-de-Fresnay…

Un arbre aux chapelets pousse dans le jardin du moulin d’Argences et un autre au Jardin Conservatoire à Saint-Pierre-sur-Dives.

Bardane : peste ou salvatrice ?

La bardane est ce que, dans un jardin ou dans  une prairie,  on appelle une « peste », autrement dit une invasive, une plante dont les jardiniers et les cultivateurs essaient de se débarrasser. Pourtant elle peut avoir des atouts… 

ou capitanou…

La bardane est une grande plante avec laquelle jouent les enfants. Ils l’appellent « capitanou » ou « capitagneux ». Elle pousse dans les terrains abandonnés, envahit les décombres. Les feuilles de l’Arctium lappa sont très larges, duveteuses et même un peu poisseuses. La fleur d’un violet rose ressemble à celle du chardon ; elle est équipée de fins crochets. C’est cette partie de la plante qu’affectionnent particulièrement les enfants. Lancée sur les vêtements de leurs petits camarades, la fleur y reste solidement attachée. Et gare quand elle s’accroche dans les cheveux !…

Herbe aux puces
Faut-il vraiment s’en débarrasser ?

La bardane colonise les espaces qu’elle occupe. C’est une plante difficile à arracher car sa racine est profonde. Ses graines se sèment tout alentour et sont transportées au plus loin par les animaux qui l’emmènent dans leurs poils ou leur laine…
Mais elle n’est peut-être pas qu’une peste. Car sa racine brune à chair blanche se consomme : on a en mangé pendant la guerre et d’autres périodes de famine plus anciennes. Une espèce est cultivée et très appréciée au Japon, le gobo.

Sauvée par la bardane

Et puis, nous avons recueilli cette histoire à l’occasion d’une visite au Jardin Conservatoire de Saint-Pierre-sur-Dives. Un garde-chasse de la région de Falaise raconte qu’un jour il se promenait avec sa chienne. Soudain, une vipère a jailli d’un talus et a mordu la chienne à la patte. Désemparé, il s’est souvenu avoir entendu qu’il fallait trouver de la bardane et frotter la morsure avec le jus pressé de la feuille. Ce qu’il a fait. Il dit avoir ainsi sauvé sa chienne…

Des cocos normands

Le haricot, rapporté par les conquistadors, est introduit assez tard en Europe du Nord. A la fin du XIXe siècle, des variétés normandes font leur apparition sur les marchés, comme le ‘Coco de Pont-Audemer’…

Au XVIIIe siècle, deux siècles après leur découverte par les conquistadors, les Normands adoptent ces légumineuses qui ressemblent fort aux pois et aux fèves qu’ils consommaient depuis toujours… Ainsi, les premiers haricots cultivés en Normandie sont appelés « pés » ou « pois de mai » et parfois « fèves ». François Gidon, médecin à Caen, a mené des recherches sur l’origine des plantes alimentaires en Normandie. Dans ses Notes pour l’archéologie de l’alimentation publiées en 1936 (bulletin des antiquaires de Normandie), il écrit : « Le haricot décrit par Albert Legrand au Moyen-âge était en France du Nord et en Allemagne une forme naine de « dolichos » ou « vigna » appelées fèves à visage, fèves peintes, cultivées jusqu’à l’arrivée en Europe du haricot (Phaseolus) rapporté par Christophe Colomb. Mais le nom de haricot est étranger au dialecte normand. »

Le 'Soissons' à rames

Les premiers haricots introduits sont à rames et se mangent secs ou demi-secs. Leur gousse est dure et parcheminée et ne se consomme pas. Le type même en est la variété ‘Soissons’. Puis les haricots ont évolué : les grains deviennent plus fins et apparaissent les variétés « de pied », naines. Au début du XXe siècle, on trouve sur les marchés des variétés locales dont la généalogie n’a pas été déterminée : le ‘Coco de Caen’ ou le ‘Pont-Audemer’…

Le ‘Coco de Pont-Audemer’

En 1937, la Maison André Heusse, rue Pont-Mortain à Lisieux propose aux jardiniers un ‘Flageolet prolifique de Lisieux’ et le ‘Coco de Caen’.
Jusqu’en 1960, les jardiniers de l’Eure et de Lisieux ont cultivé le ‘Coco de Pont-Audemer’.

Claude Mesnil récolte le 'Coco de Pont-Audemer'

Claude Mesnil, président de la Société d’horticulture de Lisieux jusqu’en 2014 et maraîcher à la retraite, se souvient : « On était des producteurs de ceinture. Nos terres étaient juste à la sortie de la ville. Le ‘Pont-Audemer’, c’était un fameux haricot, on le cultivait sur nos terres, rue Roger Aini et ensuite au Breuil-en-Auge. A la fin de l’été, on le vendait sur les marchés de Lisieux et de Cabourg. » Et Claude ajoute que pour la récolte  « il y avait des tâcherons, des cueilleurs qui faisaient les vendanges, la saison en montagne, les cueillettes de cerises, de fraises, de fruits. Ils arrivaient en voiture avec leur caravane. Ils cueillaient les haricots. »

Un jardinier raconte : « A Saint-Julien-sur-Calonne, on cultivait le haricot ‘Saint-Marc’. On le semait le jour de la Saint-Marc, le 25 avril. Ce haricot était proche de la variété ‘Pont-Audemer’… »

Retrouver la recette

Un soir, à la fermeture du Jardin Conservatoire à Saint-Pierre-sur-Dives, une famille apporta une boîte contenant des haricots. Des cocos. Ils se souvenaient : « Lorsque l’on était enfants, on allait chez notre grand-mère, près d’Orbec. Elle nous servait une tarte aux cocos. On n’en connaît pas la recette… »

Le 'Coco de Pont-Audemer'

Cocos normands

Le haricot, rapporté par les conquistadors, est introduit assez tard en Europe du Nord. A la fin du XIXe siècle, des variétés normandes font leur apparition sur les marchés, comme le ‘Coco de Pont-Audemer’…

Les « pois de mai »

Au XVIIIe siècle, deux siècles après leur découverte par les conquistadors, les Normands adoptent ces légumineuses qui ressemblent fort aux pois et aux fèves qu’ils consommaient depuis toujours… Ainsi, les premiers haricots cultivés en Normandie sont appelés « pés » ou « pois de mai » et parfois « fèves ». François Gidon, médecin à Caen, a mené des recherches sur l’origine des plantes alimentaires en Normandie. Dans ses Notes pour l’archéologie de l’alimentation publiées en 1936 (bulletin des antiquaires de Normandie), il écrit : « Le haricot décrit par Albert Legrand au Moyen-âge était en France du Nord et en Allemagne une forme naine de « dolichos » ou « vigna » appelées fèves à visage, fèves peintes, cultivées jusqu’à l’arrivée en Europe du haricot (Phaseolus) rapporté par Christophe Colomb. Mais le nom de haricot est étranger au dialecte normand. »

Le 'Soissons' à rames
Coco de Pont-Audemer

Les premiers haricots introduits sont à rames et se mangent secs ou demi-secs. Leur gousse est dure et parcheminée et ne se consomme pas. Le type même en est la variété ‘Soissons’. Puis les haricots ont évolué : les grains deviennent plus fins et apparaissent les variétés « de pied », naines. Au début du XXe siècle, on trouve sur les marchés des variétés locales dont la généalogie n’a pas été déterminée : le ‘Coco de Caen’ ou le ‘Pont-Audemer’…

Le 'Coco de Pont-Audemer'

En 1937, la Maison André Heusse, rue Pont-Mortain à Lisieux propose aux jardiniers un ‘Flageolet prolifique de Lisieux’ et le ‘Coco de Caen’.
Jusqu’en 1960, les jardiniers de l’Eure et de Lisieux ont cultivé le ‘Coco de Pont-Audemer’.

Claude Mesnil, président de la Société d’horticulture de Lisieux jusqu’en 2014 et maraîcher à la retraite, se souvient : « On était des producteurs de ceinture. Nos terres étaient juste à la sortie de la ville. Le ‘Pont-Audemer’, c’était un fameux haricot, on le cultivait sur nos terres, rue Roger Aini et ensuite au Breuil-en-Auge. A la fin de l’été, on le vendait sur les marchés de Lisieux et de Cabourg. » Et Claude ajoute que pour la récolte  « il y avait des tâcherons, des cueilleurs qui faisaient les vendanges, la saison en montagne, les cueillettes de cerises, de fraises, de fruits. Ils arrivaient en voiture avec leur caravane. Ils cueillaient les haricots. »

Claude Mesnil, maraîcher à Lisieux trie ses cocos

Retrouver la recette ?

Un jardinier raconte : « A Saint-Julien-sur-Calonne, on cultivait le haricot ‘Saint-Marc’. On le semait le jour de la Saint-Marc, le 25 avril. Ce haricot était proche de la variété ‘Pont-Audemer’… »

Un soir, à la fermeture du Jardin Conservatoire à Saint-Pierre-sur-Dives, une famille apporta une boîte contenant des haricots. Des cocos. Ils se souvenaient : « Lorsque l’on était enfants, on allait chez notre grand-mère, près d’Orbec. Elle nous servait une tarte aux cocos. On n’en connaît pas la recette… »

Les primevères à oreilles

Les primevères « à oreilles » ou auricules sont de petites plantes discrètes encore cultivées par des grands-mères attentives et des amateurs éclairés…

dans un jardin de grand-mère
Bleu porcelaine
Auricule feu ou caramel

La rencontre avec les primevères à oreilles peut étonner : elles sont bleu porcelaine, caramel, feu, grenat ou pourpre. Et les pétales de certaines fleurs sont comme poudrées de farine ! C’est une vivace indigène originaire des Alpes. Son nom vient de la forme de ses feuilles lisses en forme de cornet.

Leur histoire

Au XVIe  siècle, le botaniste Charles  de L’Ecluse ramasse cette petite plante discrète aux environs d’Innsbruck et la met en culture au jardin des plantes de Vienne. L’Europe va s’emparer bien vite de cette nouveauté : elle paraît dans les bouquets peints des œuvres flamandes dès le début du XVIIe siècle. Des tisserands exilés introduisent l’espèce en Angleterre où seront développées les « poudrées », au point d’en faire une spécialité, appelée plus tard les « anglaises ». Les horticulteurs français les achètent aux Hollandais pour les cultiver dans le nord. Ils créent de nouvelles variétés aux couleurs raffinées. Elles sont présentées à la cour de France en 1685.
Au XIXe siècle à Liège, les habitants, fiers de leurs collections, les exposent à leurs fenêtres ou leurs balcons sur de petits gradins. Vers 1850, la mode gagne Paris où elles sont exposées dans de petits théâtres à fond peint d’un paysage.
Les célèbres pépiniéristes Vilmorin et Andrieux leur consacrent plusieurs pages de présentation dans le volumineux catalogue des Fleurs de pleine terre de 1894.

En Normandie

Dans la plupart des jardins, elles sont cultivées soit en petites bordures à l’ombre, soit, le plus souvent, dans une terrine ou dans de vieilles bassines qui ne servent plus à la maison. Les coloris sont assez variés allant du bleu au grenat ou feu. L’œil de la plante est blanc ou jaune. Il est difficile de classer ces variétés dans un des types  précis décrits au XIXe siècle. Vilmorin et Andrieux en avaient proposé quatre : les « pures » ou « ordinaires » à   coloris bleuâtre ou feu  et à œil blanc, les « liégeoises » à œil jaune ou olive, les « anglaises » toujours poudrées et, enfin, les « doubles ».

En Normandie, elles semblent apparaître tardivement avec la mode des plantes grasses à la fin du XIXe. Le cultivateur grainier A. Lenormand, installé à Caen depuis 1860, ne cultive que la  ‘Liégeoise variée’ qu’il décrit comme « extra, plante très jolie mais pas assez cultivée ». Elles figurent à son catalogue de 1909.  En 1928, l’établissement Rosette, rue Saint-Jean, propose des graines d’auricules liégeoises variées. En 1937, il n’y en a plus au catalogue Le Paysan. La mode en est passée…
Comme les primevères sauvages, les auricules fleurissent en avril et, au mois d’octobre, quelques fleurs réapparaissent dans les bordures ou les potées. Elles ne gèlent pas. Leur seule crainte est le trop d’humidité.
En Pays d’Auge, les variétés les plus rustiques sont conservées par des grands-mères soigneuses. Elles les reproduisent  par éclats de racine ou par bouture. Le semis est beaucoup plus délicat.

A Tortisambert, le calvaire est fleuri d’une potée d’auricules grenat.

dans un jardin de grand-mère
Auricule grenat

Dierville, de Pont-l’Evêque jusqu’en Acadie

Au XVIIe siècle, Dierville, chirurgien à Pont-l’Évêque, s’embarque pour l’Acadie à la recherche de plantes pour le jardin du roi. Mais qu’allait-il faire en Acadie ?
Dierville est un inconnu en Normandie, tandis qu’il est réputé pour ses écrits en vers  et ses récits de voyage au Québec et dans le reste du Canada. Mais il reste toutefois un personnage énigmatique…

Selon le chercheur québécois, Normand Doiron, professeur de littérature française de l’université McGill de Montréal, les Dières sont originaires d’Irlande et s’établissent à Pont-l’Évêque au XVIIe siècle. Vers 1648, le père, Marin Dières, chirurgien des armées du roi, épouse Marie Goguet des Ardillers, fille du maire de La Rochelle. Ils ont quinze enfants, dont huit sont baptisés à Pont-l’Évêque.
Marin, du même prénom que son père, est baptisé le 24 juillet 1653. A propos de son prénom, il écrira : « N’ayant pour tout que le nom de Marin, j’enviois le courage de tous ces matelots. »
A partir de 1682, le jeune Dières se fait connaître dans les milieux littéraires par des pièces en vers publiées dans la revue Mercure Galant, qu’il signe « Dières du Pontlesvesque ».

Chasseur de plantes en Acadie

Le 20 août 1699, à 46 ans, Dières embarque sur la Royale Paix au départ de La Rochelle pour Port-Royal (aujourd’hui Annapolis Royal) en Acadie. Dans son ouvrage, la Relation du voyage du Port-Royal de l’Acadie,  il précise le but de son voyage  qui est de collecter en Acadie des plantes médicinales pour le jardin du roi :
« Mille plantes, diverses herbes,
Que la terre y produit sous les sapins superbes
Et que pour la santé des hommes, Dieu y créa,
Ne se trouve point dans nos terres,
Il faut aller les chercher là.
J’étais chargé du soin glorieux d’en cueillir
Pour le jardin royal du plus grand des monarques…»
Après une traversée de 54 jours, pénible voyage qu’il raconte avec d’infinis détails, il séjourne un an en Acadie :
« Notre Vaisseau sembloit voler,
A peine tenoit-on sur la table la soupe… »
Pour honorer sa mission, il rapporte au moins 25 plantes, confiées au botaniste Tournefort et toujours conservées au Muséum d’histoire naturelle à Paris.

Il ne semble pas rapporter de plantes médicinales. Dans son récit, il décrit comment soigner avec le petun, nom local du tabac et cite également la recette d’une bière de sapin : « La fabrication de la bière de sommités de sapin, dont on fait une décoction qu’on entonne dans une barrique, où il y a du levain et de la mélasse qui est une espèce de sirop de sucre. Tout cela fermente ensemble deux ou trois jours… »
A la lecture de son récit, on dirait qu’il rentre quasiment bredouille de ses explorations. Mais alors quelle était sa mission réelle en Acadie que les Anglais tentaient déjà d’annexer ?…
A son retour, le 20 novembre 1700, il reprend ses activités d’écriture et la médecine. Le 24 novembre 1701, il est reçu chirurgien à l’hôpital général de Pont-l’Évêque.
Son récit en vers et prose,  Relation du voyage du Port-Royal de l’Acadie, paru à Rouen en 1708,  est traduit et publié à Londres en 1714, puis en langue allemande en 1751.

Plante rapportée par Dierville (détail)
En hommage à Dierville

Les botanistes lui dédient le genre Diervilla, un type de plantes découvert en Amérique du Nord. Le Diervilla lonicera ou herbe bleue est un petit arbuste à fleurs jaune pâle en forme de cloches soudées par deux à l’extrémité d’une longue tige. Il fleurit en juin.
Durant trente ans, on n’entend plus parler de Marin Dières en Normandie et il meurt à Pont-l’Évêque le 6 octobre 1738. Il tombe dans l’oubli en Pays d’Auge tandis qu’entre 1885 et 1997 plusieurs publications et éditions critiques paraissent à Québec, Toronto et Montréal.
A Caraquet, au musée de cire de l’Acadie, une scène montrait Dierville dans sa cabine de bateau, en train de rédiger sa Relation du voyage du Port-Royal de l’Acadie. Cette exposition a été démontée et, aujourd’hui, il n’en subsiste qu’une trace sur Internet, où une image a pu être recueillie et restaurée par le photographe Rodolphe Murie.

Rose de deuil

Jusqu’au début du XXe siècle, il était d’usage d’apporter des couronnes de perles tressées pour honorer les défunts. Ce n’est qu’après la guerre de 1914-1918 que l’habitude est prise de fleurir les tombes et les enterrements.

Pas de fleurs aux enterrements

Dans la revue  La semaine religieuse  de 1887 est rappelée une décision du synode de Gand :

« Pour mettre fin à l’abus véritable de fleurs, de bouquets et de couronnes dans les funérailles, le synode de Gand a statué que :

Article 1 : L’emploi des fleurs à l’enterrement des adultes est désapprouvé, et il est à souhaiter que cet usage disparaisse.

Article 2 : Il est strictement prohibé aux funérailles des ecclésiastiques. Pour les prêtres, la défense est absolue. »

Pour respecter cette règle, dans chaque bourg, dès la fin du XIXe siècle,  on trouve un atelier de fabrication ou d’assemblage de couronnes en perles de verre. Le plus souvent, le motif en est un bouquet de fleurs.

On peut encore apercevoir ces couronnes dans les chapelles des cimetières. Abritées du soleil et de la pluie, elles ont conservé leurs couleurs.

Couronne, cimetière Livarot
Des fleurs à l’église…

Vers 1920, les usages changent… et les fleurs entrent à l’église. Le curé de Lisores, près de Vimoutiers, voulait « des fleurs à l’église tous les jours ».

Pour les funérailles, les horticulteurs vont s’efforcer de créer ou de rechercher des variétés de roses d’un pourpre le plus sombre possible.

L'Evêque
William Lobb

Ces roses vont également apparaître dans les petits jardins. Deux d’entre elles ont été identifiées en Pays d’Auge : ‘ William Lobb ‘, un rosier mousseux et ‘ l’Évêque ‘ à la floraison prolifique. Si ces deux roses sont cultivées à l’ombre, leur teinte peut devenir presque noire.
Une rose au ton un peu plus lumineux, ‘Tuskany’, a été retrouvée près de Jort.

Roses en Normandie

La rose est au centre du jardin le plus somptueux comme du plus modeste. Au-delà de sa beauté et de son parfum, elle servait de remède et à fleurir les cérémonies…

 La rose de Provins

De l’usage officinal de la rose au Moyen-âge subsiste, en certains jardins, la rose ‘de Provins’. Bien des grands-mères fabriquent toujours une eau de rose utilisée en cas d’affection des yeux. Parfois, l’application directe de pétales sur la paupière pouvait même suffire à les soulager.

Une grand-mère prenait les roses qui se fanaient, les laissait macérer dans du calva et « s’en passait sur la figure ».

Rose 'de Provins'
...au pied du rosier
Orner les cérémonies

À l’église, la rose est la fleur préférée de la sacristine, la personne qui orne les statues et les autels pour les fêtes de la paroisse.

En 1995, une grand-mère de Jort, près de Falaise, a apporté au Jardin Conservatoire de Saint-Pierre-sur-Dives le rosier ‘de l’Ascension’ qu’elle tenait de sa famille, en expliquant que chaque année ce rosier est en fleur à l’Ascension…. Or, la date de la fête de l’Ascension est  mobile, calculée d’après  celle de Pâques. Elle peut varier de trois semaines d’une année à l’autre

Éric Lenoir, spécialiste des roses normandes à qui elle a été confiée, est parvenu à l’identifier : il s’agit de  ‘Pimprenelle Hardy’. Elle fut créée  en 1828 par  M. Girardon de Bar-sur-Aube qui la dédia à un autre rosiériste : Hardy. La Société française des roses  pensait que ce rosier avait disparu…

C’est un petit rosier très épineux, aux feuilles finement découpées, dit à « feuilles de pimprenelle ». Avant de s’épanouir, le bouton est rose un peu vif. La fleur, d’un blanc pur, est double, plate, moyenne. Elle dégage un délicieux parfum d’agrume, assez citronné.

Enterrer le cordon au pied d’un rosier

Autrefois, quand les femmes accouchaient à la maison,  il était d’usage d’enterrer le cordon ombilical au pied d’un rosier dans le jardin, car le cordon ne devait ni « être jeté au fumier, ni mangé par des bêtes ». Traditionnellement, il y avait dans le jardin autant de rosiers que d’enfants nés.

A la naissance d’une fille, un peu partout en Normandie, la mère ou la marraine faisait un vœu pour qu’elle ait « une belle voix ou une belle chevelure ». D’autres affirmaient qu’ainsi « l’enfant serait en bonne santé ». Pour la naissance d’un garçon, la plupart des mères faisaient le vœu  de « protéger les garçons des brûlures »…

Rose de la communion

Un autre rosier, le « rosier de la communion », a été recueilli dans le jardin du presbytère de Lisores. C’est une liane vigoureuse aux petites fleurs blanches en grappes, très parfumées.

Ces rosiers peuvent être échangés à l’occasion de bourses d’échanges de plantes.
Ils sont à découvrir au Jardin Conservatoire à Saint-Pierre-sur-Dives.