La documentation collectée sur les cultivateurs grainiers normands a permis de faire progresser de manière significative les recherches sur les variétés de fleurs et surtout de légumes cultivées en Normandie depuis la fin du XIXe siècle. Toutefois, peu d’archives sont encore aujourd’hui disponibles sur cette profession. C’est un appel à retrouver des réclames, factures, catalogues, photographies et même des variétés citées…
En Normandie, qui sont ces producteurs de semences ?
Essai de portrait de trois cultivateurs-grainiers qui se sont succédé à Caen sur les parcelles des Champs Saint-Michel et rue Saint-Sauveur.
Les catalogues retrouvés
Montviette Nature a pu acquérir de rares catalogues diffusésen Normandie entre 1900 et 1960, comme ceux de Rosette, Bazin-Guesdon, Heusse, Picard, Lenormand, Sénécal. (À lire dans l’article « Recherche variétés normandes »)…
Article réalisé grâce aux recherches de Pierre.

Edouard Pelpel
À ce jour, aucun catalogue n’a été retrouvé pour connaître les variétés proposées par Édouard Pelpel (1821-1897). Il est surtout réputé pour ses créations de variétés de l’anémone de Caen, « la double », dont il commercialise quelque 1200 variétés en 1874. Il est à l’origine de la création de l’établissement de cultures aux Champs Saint-Michel.
« On est frappé de la quantité de doubles que Pelpel obtient dans ses semis. Il le doit non au hasard mais bien à un choix judicieux des graines. » Bulletin de la Société d’horticulture de Caen, 1884.

Édouard Pelpel cesse son activité en 1884, à l’âge de soixante-trois ans, et confie son entreprise à A. Lenormand. Ce dernier, dans l’introduction à son catalogue de 1900, affirme : « C’est depuis 41 ans que la Maison s’est destinée exclusivement à la culture de Graines… »
Édouard Pelpel aurait débuté ses cultures autour de 1850.

A. Lenormand
À partir de 1886, A. Lenormand commercialise ses semences au 39 puis au 41 de la rue Saint-Sauveur. Constant Aimé Lenormand (1856-1927) est né le 7 novembre1856 à Cesny-Bois-Halbout (14) d’un père menuisier.
On le retrouve en 1876 résidant à Caen, mais recruté par l’armée à Falaise. Sa fiche de matricule militaire donne un portrait de lui : il est grand, très grand, 1,98m, brun aux yeux bruns. Ses parents sont décédés tous deux, sa mère lorsqu’il a tout juste huit ans. Il est déclaré « Jardinier fleuriste » avec un bon degré d’instruction, le degré 3.
Le 15 octobre 1881, déjà « marchand-grainier », il épouse à Caen Émilie Élie. En 1886, ils ont une fille : Suzanne Émilie.
Aimé Lenormand a de toute évidence commencé sa carrière chez Édouard Pelpel.
Les cultures grainières
En quatrième de couverture du catalogue A. Lenormand des graines 1900-1901 figure un plan en vue aérienne des parcelles de cultures situées aux Champs-Saint-Michel ( près du cimetière actuel Saint-Gabriel). Des anémones de Caen entourent le plan.
La gravure montre deux voies de chemin de fer longeant les murs d’enceinte de l’entreprise ; elles facilitent les expéditions. L’entreprise est située à proximité de l’ancienne gare Saint-Martin, d’où partait le « train de la mer ».
Le mardi 15 avril 1884, une visite des cultures était organisée. Le rapport de visite est signé M. A. Prevel, vice-président de la Société d’horticulture de Caen : « Ce sont ces porte- graines, choux ou carottes, asperges ou oignons, tous isolés, séparés, sélectionnés et qui nous assurent des types de toute pureté. »
La surface alors consacrée aux porte-graines est de quatre hectares. Un grand espace est dédié aux semis d’asperges : « Il en exporte environ 30 000 griffes par an. »
Les porte-graines sont détaillés :
50 ares de semis d’asperges (variétés ‘Argenteuil’,‘Pelpel’, ‘Colossale’ et la ‘Normande’)
30 ares de carottes demi-longues à graine
40 ares de betteraves
Une collection de pommes de terre (la ‘Précoce de Caen’ est déjà dans son catalogue)
10 ares d’oignonspour graines
27 ares de laitues à graine – 15 variétés
5 ares de chicorées à graine
5 ares de choux de Milan de Caen à pied court
4 ares de choux-fleurs d’hiver très rustiques
Une collection de fraisiers composée de 30 variétés
D’après le Bulletin de la Société d’horticulture de Caen, 1884, p. 71.


Haricot ‘Delicata’, issu du haricot ‘Petit carré de Caen’ : « Haricot nain mangetout Delicata, variété rustique se rapprochant par son feuillage, la longueur de sa cosse et de son grain du Haricot Petit carré de Caen mais les cosses sont complètement dépourvues de filets. Cette bonne variété n’est pas encore complètement naine, certains pieds tendent encore à filer… » Catalogue 1909

Création de variétés
Les variétés de légumes, fleurs, aromatiques citées dans cet article sont extraites des catalogues A. Lenormand 1900-1901 et 1909 (coll. Montviette Nature). Aimé Lenormand a créé quelques variétés aujourd’hui recherchées : l’asperge ‘Pelpel’, le chou-fleur ‘Lenormand’, le haricot ‘Delicata’ et le dahlia ‘Côte de Nacre’…
Asperges ‘Pelpel’, cette variété est dédiée à son formateur : « Cette variété a été obtenue dans mes cultures et a remporté le premier prix à plusieurs expositions ; recommandable par sa grosseur et sa qualité. »
Chou-fleur ‘Lenormand’, pied court extra, superbe variété, très volumineuse ; rustique. Dans un rapport de visite est précisé : « cultivé à l’abri dans un coin écarté à l’abri de tout autre pollen… »
Plantes officinales : absinthe, aulnée officinale, angélique, bourrache, consoude, guimauve, marjolaine, marrube blanc, marjolaine, rue, saponaire, tanésie…, ainsi que des sachets de graines pour liqueurs.
Une de ses créations florales est le dahlia ‘Côte de Nacre’, dont il n’existe pas de description.
‘Anémone de Caen’, une des principales cultures de fleurs. Lenormand possède une collection de « 15 000 variétés doubles, obtenues par la Maison ».
Il propose 56 variétés d’œillets Avranchin « Superbe race à fond jaune, ligné, nuancé ou lamé de couleurs différentes ».
Il est primé aussi pour sa collection de pétunias.

Son successeur, I. Sénécal
Ismaël Émile Joseph Sénécal (1883-1970), est né à Frénouville le 19 janvier 1883. Il est le fils d’Aimé Jules Joseph Sénécal, cordonnier né en 1855, et Delphine Antonine Cliquet, dentellière née le 13 décembre 1862 à Saint-Germain-le-Vasson. Ses parents se sont mariés le 26 novembre 1881 à Barbery.
Il entre très tôt chez Lenormand : à 18 ans il y est déjà employé, et hébergé au 41, rue Saint-Sauveur. Il est formé dans l’établissement et en commercialise les semences. Il se marie en 1912.
Quand il reprend l’établissement vers 1920, sa mère vient habiter au 41, rue Saint-Sauveur. (Constant Aimé Lenormand se retire rue des Rosiers, où il décédera en 1927.)
En 1961, le catalogue Sénécal s’est considérablement réduit et propose moins de variétés qu’avant la Seconde Guerre mondiale.


