Archives pour la catégorie Plantes à usages

Faire ses graines

Depuis les débuts de l’agriculture, vers 6000 avant J.-C., les hommes ont su récolter les semences de céréales, de légumineuses et autres herbes et, tout doucement, en améliorer la qualité et le rendement.
Au XIXe siècle, grande époque du progrès technique, les horticulteurs et maraîchers  se sont familiarisés avec les techniques de sélection et de récolte des semences. Aujourd’hui, malgré l’arrivée sur le marché des semences hybrides à haut rendement, beaucoup de jardiniers perpétuent cette pratique. Ils nous confient leur savoir-faire.

Pourquoi faire ses graines ?
  • une alternative aux graines du commerce désinfectées aux produits chimiques
  • diversifier les variétés cultivées au jardin
  • réintroduire des variétés locales en voie de disparition
  • se libérer du monopole des semenciers et des hybrides du marché
  • vous détenez une variété intéressante : faire ses graines pour la diffuser autour de soi.
Graines de panais avant la récolte
Choisir le porte-graine

Chaque type de plante impose une méthode particulière qu’il faut apprendre, espèce par espèce. Dans un rang de légumes, le porte-graine sera la plante ayant la meilleure allure ou les plus beaux grains ou fruits.

  • Sur les salades, les anciens disent qu’ « il faut couper la laitue ou chicorée avant qu’elle ne monte. Elle rejette. Il ne faut récolter les graines que sur les tiges latérales. »
Fleurs et graines de la laitue 'Brune du Perche'
Graines d'angélique à confire encore vertes
  • Chez les ombellifères, le panais et l’angélique se récoltent et se sèment la même année. Les graines ne se conservent pas au-delà d’un an.
    La carotte peut être replantée, en bonne place,  au printemps qui suit  pour lui permettre de fleurir puis de produire sa graine. La semence de      carotte se conserve cinq à six ans.
  • Les graines de potiron et celles de toutes les cucurbitacées ne peuvent être récoltées qu’après avoir pollinisé soi-même la fleur femelle et l’avoir abritée sous un voile. La plupart des cucurbitacées s’hybrident entre elles par pollinisation croisée des sujets.
La tomate de 'Madagascar' doit être très mûre avant d'en récolter la graine
  • Les semences de tomates anciennes sont extraites du fruit très mûr  et rincées à l’eau chaude afin d’en retirer l’enveloppe gélatineuse. Elles sont alors déposées sur une assiette puis ramassées dans un sachet de papier étiqueté.
  • Les porte-graines du pavot ou de l’ancolie doivent être gardés bien droits, le temps du séchage,  pour ne pas laisser échapper la semence.
    Ainsi chez l’ancolie, une renonculacée, la fleur est une clochette tournée vers le sol. Mais, lors de la formation de la graine, les cinq follicules qui la contiennent se redressent vers le ciel et empêchent les semences de se déverser.
    Les graines noires brillantes peuvent être semées dès la fin de l’année de récolte. Les ancolies colonisent volontiers les jardins.
Récolter, sécher

Il faut attendre que les graines soient bien formées et que le temps soit sec pour les récolter. Elles sont ensuite encore séchées à l’abri. Ainsi au Jardin Conservatoire à Saint-Pierre-sur-Dives, la serre n’est utilisée que pour mettre les graines au sec.

Graines de gesse ramassées bien sèches
Conserver les semences

La conservation demande d’autres précautions : trouver le récipient qui n’altère pas la qualité de la graine, connaître la durée de germination des semences, protéger certaines graines d’attaques de parasites au cours du stockage.
Ainsi toutes les légumineuses (pois, fèves, haricots, gesses) doivent être gardées dans un congélateur pendant 48 heures pour tuer les larves de bruches. Les anciens les enferment avec de l’ail ou des feuilles de laurier.  Pour une bonne conservation, il faut choisir le bon récipient : boîte en fer, en bois, en carton, mais éviter le verre où peut se déclarer une mauvaise fermentation. Les enveloppes et sachets de papier doivent être gardés dans une pièce sèche et aérée.
La durée de vie des semences est variable selon les espèces.

Pois 'Gris de la Manche' à placer quelques jours au froid pour éviter le développement de larves

Pommes de terre en Normandie

« Planter les pommes de terre quand les lilas sont fleuris pour être sûrs qu’elles réussissent. On le faisait pendant la guerre de peur de manquer. » Mézidon (14)

Ancienneté de la pomme de terre en Normandie

L’introduction de la pomme de terre en Normandie s’est longtemps heurtée à la sage méfiance des paysans… Les efforts de l’agronome rouennais François Mustel, qui fait les premiers essais de culture près de Lisieux en 1766, et le Traité de la pomme de terre publié par Sir John de Crèvecœur en 1782 n’ont pas réussi à convaincre tout de suite la population. Il faut attendre 1840 pour que la pomme de terre ou « morelle tubéreuse » soit enfin adoptée.
« 1770 et 1773 furent des années de grande disette. Les Académies de province s’émurent et organisèrent des concours sur les moyens d’y remédier. […] Une expérience […] eut lieu à Saint-Aubin-de-Scellon [27] près de Lisieux avec Réville, curé de la paroisse, qui cultiva des pommes de terre en suivant les conseils de Mustel. Une acre plantée lui rapporta 2.160 livres. Lui aussi fabriqua du pain économique. » D’après A. Dubuc, « La culture de la pomme de terre en Normandie avant et depuis Parmentier », Annales de Normandie, Vol. 3, n° 1, janvier 1953, p. 50 – 68.
À Saint-Aubin-de-Scellon, apposée au mur du cimetière, une plaque rappelle les qualités du curé Jean Réville.
À la suite de la terrible famine de 1812, l’administration promet médailles et primes aux producteurs. À Lisieux, un certain Heuzard Lacouture, brasseur de bière de son état, en cultive 18 000 pieds dont il vend la récolte à bas prix au son du tambour. Nous sommes en 1817. Rien n’y fait. Il faut attendre 1830 pour voir la pomme de terre prendre place parmi les végétaux les plus cultivés, souligne l’Annuaire de la Manche de 1829.

Plaque tombale du curé Jean Réville (Photo Willy Franchet)

Traité de la culture de la pomme de terre

D’un long voyage en Amérique, Sir John de Crèvecœur revient convaincu de tout le bien que les Normands pourraient tirer de la culture de la pomme de terre. Michel Guillaume Jean de Crèvecœur dit J. Hector St John, est né à Caen le 31 janvier 1735 et mort à Sarcelles le 12 novembre 1813. Cet écrivain américano-normand écrit dans son traité  :  « De toutes les jouissances humaines, il n’y en a point peut-être de plus douces, ni de plus précieuses que celles qui résultent du bonheur d’avoir introduit la connaissance de légumes… »    « Différentes manières de cultiver les pommes-de-terre : sur le gazon comme en Irlande ; plantées en rang de céleri dans les jardins ; au bout des grands sillons des champs ; au pied des choux ; sur un bois nouvellement coupé (comme traditionnellement ce qui se fait pour les fèves en Normandie). » D’après Sir John de Crèvecœur, Aux habitants de la Normandie – Traité de la culture des pommes de terre et de différents usages qu’en font les habitants des États-Unis d’Amérique […], Leroy, Caen, 1782, 72 p.

Schéma de "Leçon de choses", 1920

 

D’autres essais

En 1869, le Dr Lemercier rapporte des États-Unis 21 greffons de pommes américaines. Pour les préserver durant la traversée, les greffons ont été piqués dans des pommes de terre d’une variété achetée à Boston appelée ‘Early Rose Les tubercules sont alors plantés dans des jardins à Menneval, à Saint-Aubin-d’Écrosville et à Bernay. En septembre 1873, cette pomme de terre est présentée à l’Exposition d’horticulture de Bernay et puis disséminée en Normandie. Bulletin de la société d’horticulture et de botanique du centre de la Normandie, Lisieux, Tome II, n°2, 1873, p. 61.
Early rose’ figure au catalogue du cultivateur grainier de Caen, A. Lenormand, au printemps 1901.
À l’occasion de la 33e exposition du 1er au 8 octobre 1887, la Société d’horticulture du Havre présente une pomme de terre venue de Patagonie pouvant supporter -10 degrés. Cette espèce n’aura cependant pas d’avenir en Normandie.

Variétés de Normandie

« Au concours de la Société d’horticulture de Lisieux à Saint-Pierre-sur-Dives, les 27 et 28 juillet 1901 : Pierre Farcis, horticulteur à Biéville expose 90 variétés de pomme-de-terre. » Bulletin de la Société d’horticulture et de botanique du centre de la Normandie, Lisieux, Tome IX, n°1, 1901.

 

Ci-contre la ‘Bleue de la Manche’

La ‘Bleue de la Manche ou Violette de Cherbourg a été conservée dans les fermes de l’ancienne Basse-Normandie.

« Mes parents l’appelaient la ʺcornette de la Mancheʺ. » Témoignage bourse d’échanges, 2011.

 

LaMazurienne,

à chair blanche et peau sombre, est une « variété ancienne cultivée principalement sur le bord de mer à l’Ouest de CHERBOURG ».
Voir   https://www.semeurs.net/fiche.php?NumFiche=6855 [consulté le 19 mai 2021]. 

La 'Mazurienne' à chair blanche et peau sombre

 

La Reine des cuisines’
avait été identifiée lors d’inventaires réalisés avec le musée de la Ferme du Cotentin (50) en 1998.
Elle est aujourd’hui retrouvée.

‘Œil bleu’ ou Trois yeux bleus’, région de Saint-Pierre-sur-Dives, surtout réservée à la soupe.

Institut de Beauvais. Catalogue A. Lenormand, Caen, 1901.

Usages de la pomme de terre

« Des gens tuaient des merles, les plumaient. Puis ils en fourraient des pommes de terre cuites au four. » Recette collectée par Jacky Maneuvrier, Histoires et traditions populaires, Le Billot.
« Dans les années 1930-1940, on en cultivait des étendues de cette pomme de terre ‘Bleue de la Manche’. On les donnait chaudes aux vaches : elles aimaient ça. » Témoignage, dame Flers.
Recette du fromage de pomme de terre : faire bouillir les pommes de terre. Puis les piler jusqu’à ce qu’elles soient réduites en pâte. Pour 5 kg de cette pâte, ajouter 1 kg de lait aigre, sel, poivre. Pétrir. Laisser reposer 3 à 4 jours. Puis repétrir. Former des fromages et laisser égoutter sur des claies. Puis les faire sécher à l’ombre. Les mettre dans des grands pots pendant 15 jours. Le Normand, Almanach de Lisieux et du Pays lexovien. Emile Piel, Lisieux, 1868.
« M. de Maussion nous a fait goûter du pain qu’il avait lui-même fait en employant le fruit tout entier. Ce pain, quoiqu’un peu moins blanc que celui de belle farine de blé, était cependant d’un goût fort agréable. » Annuaire de l’arrondissement de Falaise, 6e année, Levavasseur, Falaise, 1841, p. 38.
« Mes parents cultivaient la ‘Bleue de la Manche’. Elle était servie en rondelles autour des crudités, carottes râpées, tomates. » Cherbourg, 1940.
« Mes parents cultivaient la ‘Bleue de la Manche’. Elle servait à décorer les plats d’entrée. Elle était bonne ! Transmise par un ancien d’Ouilly-le-Basset, lieu-dit La Goubignière. » Pont–d’Ouilly, 1960.
« Ma mère cuisinait la ‘Bleue de la Manche’ en purée. » Témoignage années 1940, Équeurdreville (50).

À rechercher

Nous recherchons les variétés suivantes collectées auprès de témoins ou proposées dans les catalogues de cultivateurs grainiers normands :

  • Entre Elbeuf et Pont-Audemer (27), on a cultivé une pomme de terre appelée « charbonnière ». Témoignage recueilli lors d’une conférence à la Fête de l’ortie, La Haye-de-Routot (27), 2000.
  • La Ronde précoce de Caen. A. Lenormand (cultivateur grainier), Catalogue général de graines et plantes, Caen, 1909. (Coll. Montviette Nature)  
  • La pomme de terre Talus, autrefois cultivée près de Bayeux sur talus sous des tas d’herbe fauchée, sans terre. Témoignage recueilli en 2004.
  • Abondance de Montivilliers « Tubercules jaunes, chair jaune, variété excessivement productive ». E. Rosette, Catalogue de graines & plantes, Caen, 1928. (Coll. Montviette Nature)
Catalogue A. Lenormand, Caen, 1901.
Catalogue E. Rosette, Caen, 1928.

Laitues normandes

La laitue est cultivée dans tous les jardins potagers. Elle se consomme de Pâques jusqu’aux gelées. Des variétés normandes à retrouver et à rechercher. Et comment en récolter la graine…

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la région d’Argentan (61) avait la réputation  d’être une « terre à salades » produites pour les marchés de Paris. D’après Alfred Canel, (1803-1879), historien de Pont-Audemer (27), on appelait les habitants d’Argentan les « maqueux de salades » ou les  « mangeurs de salades ». (Alfred Canel, Blason populaire de la Normandie, comprenant les proverbes, sobriquets ou dictons relatifs à cette ancienne province et à ses habitants,  A. Lebrument,  Rouen, Le Gost Clérisse, Caen, 1859)

 

Variétés normandes retrouvées et  recherchées
Laitue 'Brune du Perche', été 2020

Parmi les laitues cultivées au début du XXe siècle, la ‘Brune percheronne’ est la seule variété aujourd’hui retrouvée. Elle a été sauvegardée par le conservatoire de la Ferme de Sainte-Marthe – Mille variétés anciennes – sous le nom de laitue ′Brune du Perche′.


Nous recherchons toutes les variétés qui suivent. Elles étaient cultivées et fournies aux jardiniers par des cultivateurs grainiers de Lisieux, Caen et Sourdeval-la-Barre :

  • Laitue ′Belle normande′, extra brune d’été (Catalogue André Heusse, successeur Maison Bassière, Lisieux, 1937)
  • Laitues pommées d’été ou d’automne : ′Grosse blonde de Caen′ (Catalogue A. Lenormand, Caen, 1909)
  • Laitue blonde ′Grandval′ et ′Pontorson′,
  • Laitue ′Mignonette de Saint-Lô′ à graine noire et
  • Laitue d’hiver blonde ′Grandval′ et ′Pontorson′  (Catalogue René Guesdon,  successeur Maison Bazin Simon, Sourdeval-la-Barre, 1924-25)

 

Laitue dite 'de Flers', juin 2020
Une laitue dite « de Moncy » ou « de Flers »

Une laitue rouge de Moncy (61) a été recueillie par Fabienne aux environs de Flers. « C’est une  grand-mère de Moncy  qui la cultivait. Elle y était très attachée. Pour la préserver, elle l’a confiée à mon oncle. La grand-mère la mangeait cuite avec de la crème. »

Elle est désormais entre les mains de Montviette Nature. Nous avons récolté la semence en septembre.

Le catalogue Vilmorin-Andrieux Plantes potagères de 1894 présente une « laitue rouge de Vire » et une  « Cendrette du Havre ». Y a-t-il un lien entre ces trois plantes ?

 

Graines de laitues, août 2020

 

Récolter les graines de laitue            

Pour récolter de la bonne graine, écoutons André de Montviette  (14) :

  • « Il ne faut pas laisser la laitue monter à graines du premier coup. 
  • Il faut couper la salade prête à manger très au-dessus du collet.
  • Elle repousse alors en plusieurs rejets.
  • C’est sur ces rejets qui vont fleurir qu’il faudra récolter la graine. »

 

Laitue en fleur
Après la coupe, les rejets vont fleurir...

Maurice à Argentan, qui détenait dans son jardin la ′Brune percheronne′, racontait la même pratique  : « Il faut ramasser la graine sur les repousses. »

Échalote d’Alençon et autres échalotes normandes

L’échalote d’Alençon, l’échalote de la Manche conservée et sélectionnée par Matthieu Philibert dans son maraîchage de Bavent et l’échalote de Cherbourg collectée par David Lecœur à Condé-sur-Noireau pourront bientôt être confiées aux jardiniers amateurs..

« Depuis les années 1990, je recherchais l’échalote d’Alençon. En 2005, je l’ai retrouvée à Saint-Germain-du-Corbéis », raconte Patrick Boivin, ancien président de la Société d’horticulture d’Alençon et membre de la Société d’horticulture de Lisieux.

Echalotte à rames en Cotentin

En Normandie, ail, oignon et échalote sont cultivés depuis le Moyen-âge en quantité importante puisque les abbayes prélevaient la dîme sur ces cultures. (opold Delisle, Ėtudes sur la condition de la classe agricole et l’état de l’agriculture en Normandie, au Moyen-âge, 1851, Réédition Gérard Montfort. 1978, p. 495)
Cependant ces aulx sont sensibles à l’humidité et on peut imaginer que l’on a recherché des espèces et sélectionné des variétés adaptées au climat normand.
Ainsi, en Cotentin est encore cultivée une « échalote à rames ». Il s’agit en réalité de l’oignon d’Égypte ou rocambole qui ne fleurit pas, mais produit des bulbilles aériennes que l’on remet en terre au printemps. Tout se consomme : le bulbe souterrain, les feuilles et les bulbilles. Oignon rocambole ou oignon bulbifère (Allium cepa f. proliferum)

L’échalote d’Alençon

Patrick Boivin raconte sa découverte : « L’échalote d’Alençon est une variété ancienne autrefois bien connue dans la région. En 2005, Madame Bissey de Saint-Germain-du-Corbéis, en ayant hérité quelques bulbes de ses parents, m’a contacté et donné trois échalotes. C’est une variété tardive, ronde et pas très grosse selon le terrain. Elle a été plantée dans le jardin expérimental pendant cinq ans. Après plusieurs vols de plants, j’ai décidé de la cultiver dans mon potager. J’en ai maintenant quatre-vingts. »
« GROSSE E. [échalote] D’ALENÇON, autre variété dont nous ignorons le nom précis, et qui nous a été communiquée par M. Houtton de la Billardière, d’Alençon. Elle a le caractère de feuille de [l’échalote de Jersey], mais ses bulbes, plus lentes à se faire, acquièrent beaucoup plus de volume ; c’est la plus grosse échalote que nous connaissions, mais aussi la plus prompte à pousser. » (Le bon jardinier, Almanach pour l’année 1853, Dusacq, Librairie agricole de la Maison rustique, Paris, 1853, p. 461)
L’échalote de Jersey toujours produite est un bulbe allongé à la  tunique cuivrée et à la chair colorée.

L’échalote de Cherbourg

David Lecœur et ses amis de l’association Les Blancs montagnards créée au Plessis-Grimoult s’intéressent aux recettes traditionnelles et aux plats régionaux. C’est ainsi, à l’occasion d’enquêtes sur les savoirs, qu’a été retrouvée l’échalote de Cherbourg près de Saint-Vigor-des-Mézerets (14). Le bulbe est pyriforme assez ventru rosé et à saveur douce. Nous recherchons son histoire et de la documentation sur cette variété régionale.

L’échalote de la Manche

Matthieu Philibert, maraîcher à Bavent, a recueilli voilà plusieurs années l’échalote de la Manche. Cette fois, le bulbe est rond, plat, à la peau orangée et lisse. Matthieu, comme le faisaient les anciens professionnels, pratique sur cette variété la sélection massale. Chaque année il sélectionne les plus beaux sujets et les plus conformes au type. Ceux-là seuls sont remis en culture.
Nous recherchons l’histoire et la documentation sur cette échalote.

Haricots normands

Collectées de Cherbourg à Bernay et jusque dans le Perche ornais, des variétés anciennes de haricots mangetout, de cocos secs et de flageolets ont été sauvées de l’oubli après trente ans de recherches…

Rosette, Lenormand, Guesdon, Heusse, cultivateurs grainiers normands
Les « mangetout »

Six fameux mangetout sont désormais conservés et remis en culture par des maraîchers exigeants. On peut les découvrir à la saison au Jardin conservatoire de Saint-Pierre-sur-Dives.

'Quatre-au-mètre', des gousses de 25cm

Le ‘Quatre-au-mètre’, aux longues gousses de plus de 25 cm : haricot fondant, sans fil. Son grain est brun foncé et long. 

Le 'Pois perdrix', haricot gris de la Manche

Le ′Pois perdrix′, haricot mangetout à rames, a été confié sous ce nom au Jardin Conservatoire en 2001 par lassociation des Jardins familiaux de Saint-Lô (50). Il pourrait être le ′Gris zébré′ décrit par Vilmorin en 1904.

'Mittois' au grain grenat foncé presque rond

Le ′Mittois′, mangetout à rames à grain grenat foncé, confié par Thérèse, est connu de sa famille à Boissey (14) depuis le début du XXe siècle.

Des grains rosés comme de petits yeux

L’ ′Œil de Perdrix, haricot plus tardif, sans jamais de fil et même lorsque le grain est formé.

'Prudon' ou 'Prudent' découvert en Cotentin

Le ′Proudon′, confié par lassociation des Jardins familiaux de Saint-Lô (50) en 2005 avec ces précisions : « Variété connue des vieux jardiniers du Cotentin sous le nom de « Prudent«  ou « Prudon« . Variété remontante qui produit une deuxième fructification. Très tendre et sans fil jusqu’à un état avancé de sa maturité. »

′Petit carré de Caen′ à rames
Le cultivateur grainier           A. Lenormand dans son Catalogue général de graines et plantes (Caen, 1909) précise : « Une des meilleures variétés de haricots mange-tout. Grain très fin, de qualité tout à fait supérieure, très productif. »

Le ′Petit carré de Caen′

Au milieu du XIXe siècle, le président de la société d’horticulture de Caen, Gustave Thierry, envoie une note enthousiaste aux sociétés voisines : « Cet excellent légume, le meilleur sans contredit, est essentiellement normand et de plus bas-normand… Son grain est petit, aplati aux extrémités, presque carré… »
Le cultivateur grainier A. Lenormand dans son Catalogue général de graines et plantes (Caen, 1909) précise : « Une des meilleures variétés de haricots mange-tout. Grain très fin, de qualité tout à fait supérieure, très productif. »
′Petit carré de Caen’ ou ′Prédome nain blanches′ (Catalogue A. Lenormand, Caen, 1909 ) Haricot nain blanc ′Petit Prédome′ (Catalogue R. Guesdon, successeur Maison Bazin Simon fondée en 1820, Sourdeval-la-Barre, 1924-25) Petit carré de Caen’ à rames, « variété très répandue en Normandie, de qualité excellente, et de grande production, les cosses peuvent encore être consommées le grain étant entièrement formé » (Catalogue E. Rosette, Caen, 1928)
Petit carré nain de Caen’ (Catalogue A. Heusse, successeur Maison Bassière, Lisieux, 1937)

Nous recherchons  :
– le haricot à rames blanc de Domfront et le haricot jaune à rames de Domfront
– le haricotProlifique de Lisieux’ : «  Cette variété complètement inconnue, d’une vigueur sans précédent, produit en abondance des aiguilles fines longues de 15 cm environ. » (Catalogue A. Heusse, successeur Maison Bassière, Lisieux, 1937)
Les cocos
Coco 'Jaune de Chine'

Coco ′Jaune de Chine′ (Catalogue A. Lenormand, Caen, 1909)

Coco 'de Pont-Audemer', grain bigarré

Coco de Pont-Audemer′, coco nain

Le coco ′La Passion′ nain a été découvert à Condé-sur-Noireau en 2005.

'Noir de Créances'
'Soissons' à gros grain blanc
'Saint-Sacrement' à rames

Le ‘Noir de Créances’ confié à Montviette Nature en 2012 serait le haricot d’Espagne à grain noir. Pour être consommé, ce haricot demande plusieurs cuissons.

Le ‘Soissons’, surtout cultivé pendant l’Occupation dans toute la Normandie. Sa fleur est blanche ou orange.

Le ‘Saint-Sacrement’ à rames est le haricot de la « Légende des pois marqués » à Argentan.

Les flageolets

Deux variétés de flageolets ont été collectées en Calvados et dans l’Eure.

'Flageolet à rames' découvert à Balleroy (14)

Le ′Flageolet à rames’ est un haricot très vigoureux. Fleurs blanches. Longues gousses. Les grains sont faciles à conserver.

'Flageolet à feuilles d'ortie' découvert à Bernay (27)

′Flageolet à feuilles gaufrées’ a été retrouvé sur le marché de Bernay en 1998 (Catalogue A. Heusse, successeur Maison Bassière, Lisieux, 1937  et catalogue A. Lenormand, Caen, 1909)
Flageolet blanc à feuille d’ortie ou gaufrée′ (Catalogue R. Guesdon, successeur Maison Bazin Simon, Sourdeval-la-Barre, 1924-1925)

Le haricot ‘Blanc de Maltot’

Le Conservatoire de la ferme de Sainte-Marthe, lors du colloque du mois d’octobre à Saint-Pierre-sur-Dives, nous a confié le haricot ‘Blanc  de Maltot’. Il sera remis en culture et présenté au Jardin Conservatoire à Saint-Pierre-sur-Dives.

Le 'Blanc de Maltot' est un mangetout au grain blanc allongé.

Plantes magiques

Faire de mauvaises blagues en utilisant des plantes sauvages communes était le jeu des farceurs mais aussi des sorciers…

 

Avec les grandes herbes

Quand les gens circulaient chaque jour par les chemins de Normandie, ils se livraient parfois ou étaient victimes de cette farce : de chaque côté du chemin, on choisit de longues herbes que l’on attache ensemble.

Alors au crépuscule, l’écolier qui rentre chez lui, la trayeuse ou l’homme de journée qui s’en revient du travail, se prennent les pieds dedans et  tombent.

Se rendre invisible

On racontait aussi que l’on pouvait se rendre invisible !

Pour cela, il fallait fabriquer une potion, mais pas n’importe laquelle.

Il fallait recueillir des spores de fougère quand elles se détachent de la fronde… mais avant qu’elles ne touchent le sol.

Cette récolte est presque impossible et le reste de la recette demeure secret…

L’herbe éguérante

On craignait aussi de rencontrer le sorcier, surtout à la lisière des bois. Le fourbe aborde le passant, fait innocemment un bout de chemin avec lui, mais s’arrange pour le faire marcher sur une plante qui semble anodine. En fait, il s’agit de l’      « herbe éguérante». Le passant est alors incapable de retrouver son chemin et se perd dans le bois.
L’herbe éguérante n’est autre qu’une potentille (Potentilla erecta) des terres acides  qui pousse uniquement à la lisière des bois de feuillus et qu’on appelle « tormentille » ou « tourmentine ».

Sa fleur devrait avoir cinq pétales comme les autres potentilles, mais elle n’en a que quatre. On ne sait pourquoi.

Une anomalie botanique

Cette anomalie botanique n’égare pas que les marcheurs. Dans un bulletin de l’association d’art et d’histoire Le Pays Bas-Normand à Flers en 1911, J. Lechevrel rapporte qu’après avoir chanté et dansé autour du feu de la Saint-Jean « filles et garçons voient avec mélancolie la flamme s’éteindre […] C’est fini, malheur à qui s’attarde dans l’effusion d’une dernière étreinte, l’herbe « éguérante » cachera son chemin, il tombera de fatigue mystérieusement, attiré par les brindilles à l’étrange pâleur. » ( J.  Lechevrel, « La chanson populaire au pays bas-normand »Le Pays Bas-Normand, n° 3,  juillet 1911, p. 125)
Ne pas marcher sur la « tourmentine » ! C’est une     « mal herbe », l’herbe éguérante. Elle pousse en cercles dans toutes les forêts, sauf celles à conifères, et se cueille l’été. (D’après Anne Marchand, conteuse – Société historique de Lisieux)

Houlque laineuse
De bonnes blagues

Aujourd’hui les blagues sont plus raisonnables, comme de faire goûter une prunelle (Prunus spinosa) à un innocent à la fin de l’été quand sa chair paraît mûre, délicieuse et attirante, mais, en réalité,  s’avère horriblement astringente !

Au cours d’une balade, lorsque l’on voit des graminées bien mûres, comme la houlque laineuse (Holcus lanatus),  le plaisantin peut proposer de confectionner des paniers en tressant de manière savante quelques tiges de graminées ramassées.
Pour tresser ces brins, il réclame  de l’aide. Il croise alors les herbes dans la bouche de sa victime, lui demande de serrer un peu, juste ce qu’il faut,  et… tire d’un coup sec.

« Holcus lanatus, une des trente espèces les plus répandues dans la région. »

La houlque laineuse pousse dans les prairies et sur les talus, au bord des chemins de Normandie.

Michel Provost, Atlas de répartition des plantes vasculaires de Basse-Normandie,
Presses universitaires de Caen, 1993.

Pois gourmands

 « On avait un pois « gourmand  »  facile à cueillir : sa gousse est jaune. C’est un grand pois. Il faut le ramer solidement. » Tordouet

Tôt au printemps, les jardiniers sèment les pois à écosser et les pois « gourmands » qui, eux,  seront consommés en « mangetout ».

Pois  jaune fondant

Le ‘Pois jaune fondant’ retrouvé à Tordouet en 1990 s’est avéré être une variété réputée  dans toute la Normandie. Elle figurait dans différents catalogues de graines.
C’est un pois mangetout à fleur blanche teintée de jaune pâle. Les gousses sont d’un jaune tendre remarquable et, ainsi, faciles à récolter.  La  plante est  vigoureuse et demande des rames solides et hautes. Les gousses doivent être mangées jeunes avant la formation des fils.
‘Pois mangetout beurre’  (Catalogue André Heusse, successeur Maison Bassière, Semences sélectionnées, Prix courant des graines potagères, fourragères et de fleurs pour 1937, Lisieux, 1937)
« ‘Pois beurre à rames’, excellente variété à cosses épaisses, sans parchemin » (E. Rosette, Catalogue de graines & plantes, Caen, 1928)

Pois jaune fondant retrouvé en 1990
Pois crotte de lièvre

Dans la région de Balleroy, des familles  conservent une autre variété à gousse jaune : le ‘Pois crotte de lièvre’.

Son  grain est brun doré moucheté.

Sa fleur d’un joli rose veiné de rose soutenu.

Son nom de variété n’est pas connu.

'Crotte de lièvre' à fleur rose soutenu
Pois gris retrouvé en Cotentin
Pois gris

En Cotentin, autour de Sainte-Mère-Église, les jardiniers se transmettent toujours le ‘Pois crochu’, un mangetout fondant à la gousse recourbée. Lors de nos enquêtes avec Élisabeth et en partenariat avec le  musée de la ferme du Cotentin,  les anciens vantaient les mérites d’un « pois gris ». Longtemps recherché, le voici enfin retrouvé grâce à Florian et remis en culture en vue de sa conservation.

‘Pois gris géant à fleur violette’ (Catalogue René Guesdon, cultivateur grainier, successeur Maison Bazin Simon fondée en 1820, Prix courant général pour marchands de graines potagères, fourragères et de fleurs, Sourdeval-la-Barre, 1924-1925)

Pois à écosser

 

Parmi les variétés de pois à écosser retrouvées en Normandie, quelques souches ont été préservées comme  le ‘Pois capucin bleu’.

Sa  fleur est rose violine.  Le  grain  est bleu  violine  plutôt sombre.

Le ‘Pois normand’ est une variété encore connue et réputée. Elle est très prolifique et facile à cultiver.

Herbes à salade

Laitue, chicorée, mâche sont les trois types de plantes cultivées au jardin pour préparer la salade. Les inventaires de petits jardins ont prouvé qu’il en existait bien d’autres, ainsi que des plantes que l’on allait  ramasser sur les talus et dans les dunes…

Chicorée frisée fine de Rouen (Graines Le Paysan, 1947, coll. Montviette Nature)

La salade n’est pas un genre de plante mais une préparation culinaire  au sens de « herbes salées » de l’italien herba salata.

Le terme de salade, qui apparaît au XIIIe siècle, en dérive et s’est ensuite appliqué aux plantes elles-mêmes préparées avec du sel, de l’huile et du vinaigre.

Dans certaines familles de Normandie, on ne parle pas de vinaigrette mais de « salade à l’huile et au vinaigre ».

Bernadette précise : « Chez nous,  on mangeait de la salade tous les soirs du printemps et de l’été. » Et les salades peuvent varier. À côté de la laitue ‘Brune du Perche’ ou de la ‘Laitue de Flers’ : « Au printemps, on va cueillir des pissenlits mangés avec des œufs durs et des pommes de terre. »

Laitue de Flers, très rustique (Dernière trouvaille de Montviette Nature)
Laitue 'Brune du Perche', don du Conservatoire de Sainte Marthe
Herbes  sauvages du bord de mer

Sur le littoral, au bord des dunes, « on ramasse de la roquette et du plantain corne de cerf » mais aussi sur des talus exposés au soleil comme à Courménil (61). La roquette est une espèce vivace qui pousse dans les terrains sablonneux et en bord de mer. Elle est très fréquente autour d’Arromanches (14), Agon-Coutainville (50). Sa fleur est d’un jaune soutenu, la fleur est légèrement amère et poivrée. Le plantain corne de cerf pousse à l’état sauvage dans les mêmes types de sol en compagnie du pourpier d’été, sorte de petite plante grasse. Toutes ces plantes ont été  commercialisées au début du XXe siècle. Elles figuraient aux catalogues de A. Lenormand et E. Rosette à Caen, et de A. Heusse à Lisieux…

Roquette vivace à Agon-Coutainville (50)
Plantain Corne de cerf, à Courménil (61)
Pourpier d'été ou pourpier vert
Herbes  sauvages des talus

À l’intérieur des terres, dans les jardins, on cultive le  cresson de jardin, petit cresson annuel à fleurs jaunes en épis. Roquette et cresson de jardin sont très poivrés et viennent plutôt en accompagnement de laitue, tout comme la pimprenelle à salade que l’on peut aussi ramasser sur les talus secs.

Quelques petites herbes à  réintroduire au jardin, à retrouver lors des bourses aux plantes ?

Pimprenelle, Pontchardon (61)
Cresson de terre ou de jardin
Chicorée de Louviers catalogue Rosette Caen 1928

La guimauve

Plante des terres humides et du bord de mer,  en Normandie la guimauve a longtemps servi de plante remède.

Embarquée sur les navires

Au XVIIIe siècle, un chirurgien navigant à bord de bateaux négriers au départ d’Honfleur précise dans ses notes qu’il embarquait des fleurs de guimauve. Elles étaient  ajoutées à des violettes et des graines de lin pour soigner les marins. « Pour lutter contre la gonorrhée virulente ou chaude pisse, des saignées associées à des boissons adoucissantes telles qu’infusions de graines de lin, de fleurs de guimauve, de bouillon de violette. » (Bruno Dubois, « Le chirurgien navigant à bord des navires négriers armés à Honfleur au XVIIIe siècle », Le Pays d’Auge, novembre 1995)

Depuis quelques années, après une période d’oubli, les jardiniers l’ont adoptée au jardin comme plante ornementale. Elle s’adapte très facilement même dans les sols un peu secs.

La guimauve officinale se plaît dans les marais salés du bord de mer de Granville à Rouen,  dans l’embouchure de la Sélune, de l’Orne et sur les rives de la Seine. À l’intérieur des terres, elle se cantonne à quelques zones humides le long des berges de la Touques.

 

« Le père Landry avait de la guimauve dans son jardin. Quand on avait mal à la gorge ou une angine, on allait  en chercher chez lui. »  Sainte-Marguerite-de-Viette

La guimauve (Althaea officinalis, Malvaceae), cette plante au feuillage tout doux, aux fleurs rose pâle, a aussi été cultivée dans les jardins, car on en faisait grand usage dans la pharmacopée familiale.

Quand les dents des petits perçaient, « on leur donnait de la racine de guimauve à mâchonner ».

En 1887, Louis Lescène, le pharmacien de Livarot, note dans son ordonnancier qu’il a « délivré 125 g de  poudre de guimauve ». En juillet 1899, il prépare « 300 g de guimauve pour des décoctions ». Les  prescriptions de cette plante seront très fréquentes jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Au XIXe siècle, les médecins prescrivent de la poudre ou des décoctions  de guimauve pour différents petits maux. (Extrait d’un des ordonnanciers de 1876 à 1945, archives de la pharmacie Lescène, Livarot. (Coll. part.)

Trop rare genévrier

Le genévrier pousse à l’état sauvage dans les bois, ou plutôt il y poussait, car son arrachage depuis plus d’un siècle l’a presque fait disparaître des  forêts de Normandie.  

En 1846, selon le botaniste Durand-Duquesney,  il était  commun en Pays d’Auge et à l’est de Lisieux, poussant « dans les bois et les coteaux arides ».  Aujourd’hui, le botaniste Michel Provost constate que « cet arbuste thermophile est maintenant assez rare en Basse-Normandie et même inexistant dans la Manche » .  (Atlas des plantes vasculaires de Basse-Normandie, Presses universitaires de Caen, 1993)
Pourtant au XIVe siècle le coutumier d’Hector de Chartres rapporte qu’en forêt de Brix et en forêt de Gavray (situées dans l’actuel département de la Manche), les paroissiens sont autorisés à prélever le saule, le saule marsault, les épines, le sureau, l’aulne, le genêt, le genévrier et la ronce. En revanche, aucune mention n’en est faite pour les massifs forestiers du Pays d’Auge.
« À Montviette, à l’emplacement du bois près du Cabaret aux cènes, il y avait des genévriers qui ont disparu. » Ce  témoignage,  recueilli lors de l’enquête sur les arbres en 1995-1996, confirme leur déclin. Aujourd’hui toutes les stations sont en très nette régression. Est-ce dû au fait de leur utilisation trop intense ?

Utilisé dans les fermes

Autrefois le genévrier était utilisé dans les fermes : « A l’arrière- saison, on brosse les tonneaux à cidre avec les branches du genévrier. On en avait un pied dans la cour.
Roland de Neauphes-sur-Dives nous indique qu’ « on en avait un pied dans un coin du jardin ». Souvent les genévriers « ont été arrachés dans les bois pour être replantés dans les cours de ferme. On s’en servait pour préparer les pots à lard ».
Aujourd’hui, dans la forêt de Montpinçon, il n’en subsiste que deux pieds. Un autre a été préservé dans une haie à Montviette. Tous trois sont peu vigoureux.

Quand on tuait le cochon

À Pont-l’Évêque, quand on tuait le cochon, on préparait « une infusion de baies de genévrier pour nettoyer les pots à lard ».
D’autres témoignages précisent que pour nettoyer les pots à lard « on utilisait aussi une décoction de feuilles et de tiges dont on frottait les parois avant d’y mettre le cochon à saler ». Dans certaines maisons, on ajoutait une branche de genévrier dans la saumure avec le thym et le laurier.

De l’usage des baies de genévrier

À Notre-Dame-de-Courson, « on allait ramasser des baies de genévrier dans les bois. On en faisait un digestif », raconte Colette.
Dès le  XIIe siècle, les baies du genévrier servent à soigner. Le Livre des simples médecines préconise : « Contre les flux de ventre […] baigner le patient jusqu’au nombril dans de l’eau de pluie où ces semences de genièvre auront cuit et frotter ces parties du corps avec de l’eau chaude. Du genévrier on faisait de l’huile qui était efficace contre la fièvre quarte, l’épilepsie ou les douleurs de boyaux. »
Le mardi 31 décembre 1555, Gilles de Gouberville relate dans son journal qu’il est souffrant. Ses serviteurs  « s’en allèrent au matin à Cherebourg. Pour une unse de mélilot et de l’uyle de genèvre pour mettre sur [son] estomac. »