Archives pour la catégorie Plantes à usages

Laitues normandes

La laitue est cultivée dans tous les jardins potagers. Elle se consomme de Pâques jusqu’aux gelées. Des variétés normandes à retrouver et à rechercher. Et comment en récolter la graine…

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la région d’Argentan (61) avait la réputation  d’être une « terre à salades » produites pour les marchés de Paris. D’après Alfred Canel, (1803-1879), historien de Pont-Audemer (27), on appelait les habitants d’Argentan les « maqueux de salades » ou les  « mangeurs de salades ». (Alfred Canel, Blason populaire de la Normandie, comprenant les proverbes, sobriquets ou dictons relatifs à cette ancienne province et à ses habitants,  A. Lebrument,  Rouen, Le Gost Clérisse, Caen, 1859)

 

Variétés normandes retrouvées et  recherchées
Laitue 'Brune du Perche', été 2020

Parmi les laitues cultivées au début du XXe siècle, la ‘Brune percheronne’ est la seule variété aujourd’hui retrouvée. Elle a été sauvegardée par le conservatoire de la Ferme de Sainte-Marthe – Mille variétés anciennes – sous le nom de laitue ′Brune du Perche′.


Nous recherchons toutes les variétés qui suivent. Elles étaient cultivées et fournies aux jardiniers par des cultivateurs grainiers de Lisieux, Caen et Sourdeval-la-Barre :

  • Laitue ′Belle normande′, extra brune d’été (Catalogue André Heusse, successeur Maison Bassière, Lisieux, 1937)
  • Laitues pommées d’été ou d’automne : ′Grosse blonde de Caen′ (Catalogue A. Lenormand, Caen, 1909)
  • Laitue blonde ′Grandval′ et ′Pontorson′,
  • Laitue ′Mignonette de Saint-Lô′ à graine noire et
  • Laitue d’hiver blonde ′Grandval′ et ′Pontorson′  (Catalogue René Guesdon,  successeur Maison Bazin Simon, Sourdeval-la-Barre, 1924-25)

 

Laitue dite 'de Flers', juin 2020
Une laitue dite « de Moncy » ou « de Flers »

Une laitue rouge de Moncy (61) a été recueillie par Fabienne aux environs de Flers. « C’est une  grand-mère de Moncy  qui la cultivait. Elle y était très attachée. Pour la préserver, elle l’a confiée à mon oncle. La grand-mère la mangeait cuite avec de la crème. »

Elle est désormais entre les mains de Montviette Nature. Nous avons récolté la semence en septembre.

Le catalogue Vilmorin-Andrieux Plantes potagères de 1894 présente une « laitue rouge de Vire » et une  « Cendrette du Havre ». Y a-t-il un lien entre ces trois plantes ?

 

Graines de laitues, août 2020

 

Récolter les graines de laitue            

Pour récolter de la bonne graine, écoutons André de Montviette  (14) :

  • « Il ne faut pas laisser la laitue monter à graines du premier coup. 
  • Il faut couper la salade prête à manger très au-dessus du collet.
  • Elle repousse alors en plusieurs rejets.
  • C’est sur ces rejets qui vont fleurir qu’il faudra récolter la graine. »

 

Laitue en fleur
Après la coupe, les rejets vont fleurir...

Maurice à Argentan, qui détenait dans son jardin la ′Brune percheronne′, racontait la même pratique  : « Il faut ramasser la graine sur les repousses. »

Échalote d’Alençon et autres échalotes normandes

L’échalote d’Alençon, l’échalote de la Manche conservée et sélectionnée par Matthieu Philibert dans son maraîchage de Bavent et l’échalote de Cherbourg collectée par David Lecœur à Condé-sur-Noireau pourront bientôt être confiées aux jardiniers amateurs..

« Depuis les années 1990, je recherchais l’échalote d’Alençon. En 2005, je l’ai retrouvée à Saint-Germain-du-Corbéis », raconte Patrick Boivin, ancien président de la Société d’horticulture d’Alençon et membre de la Société d’horticulture de Lisieux.

Echalotte à rames en Cotentin

En Normandie, ail, oignon et échalote sont cultivés depuis le Moyen-âge en quantité importante puisque les abbayes prélevaient la dîme sur ces cultures. (opold Delisle, Ėtudes sur la condition de la classe agricole et l’état de l’agriculture en Normandie, au Moyen-âge, 1851, Réédition Gérard Montfort. 1978, p. 495)
Cependant ces aulx sont sensibles à l’humidité et on peut imaginer que l’on a recherché des espèces et sélectionné des variétés adaptées au climat normand.
Ainsi, en Cotentin est encore cultivée une « échalote à rames ». Il s’agit en réalité de l’oignon d’Égypte ou rocambole qui ne fleurit pas, mais produit des bulbilles aériennes que l’on remet en terre au printemps. Tout se consomme : le bulbe souterrain, les feuilles et les bulbilles. Oignon rocambole ou oignon bulbifère (Allium cepa f. proliferum)

L’échalote d’Alençon

Patrick Boivin raconte sa découverte : « L’échalote d’Alençon est une variété ancienne autrefois bien connue dans la région. En 2005, Madame Bissey de Saint-Germain-du-Corbéis, en ayant hérité quelques bulbes de ses parents, m’a contacté et donné trois échalotes. C’est une variété tardive, ronde et pas très grosse selon le terrain. Elle a été plantée dans le jardin expérimental pendant cinq ans. Après plusieurs vols de plants, j’ai décidé de la cultiver dans mon potager. J’en ai maintenant quatre-vingts. »
« GROSSE E. [échalote] D’ALENÇON, autre variété dont nous ignorons le nom précis, et qui nous a été communiquée par M. Houtton de la Billardière, d’Alençon. Elle a le caractère de feuille de [l’échalote de Jersey], mais ses bulbes, plus lentes à se faire, acquièrent beaucoup plus de volume ; c’est la plus grosse échalote que nous connaissions, mais aussi la plus prompte à pousser. » (Le bon jardinier, Almanach pour l’année 1853, Dusacq, Librairie agricole de la Maison rustique, Paris, 1853, p. 461)
L’échalote de Jersey toujours produite est un bulbe allongé à la  tunique cuivrée et à la chair colorée.

L’échalote de Cherbourg

David Lecœur et ses amis de l’association Les Blancs montagnards créée au Plessis-Grimoult s’intéressent aux recettes traditionnelles et aux plats régionaux. C’est ainsi, à l’occasion d’enquêtes sur les savoirs, qu’a été retrouvée l’échalote de Cherbourg près de Saint-Vigor-des-Mézerets (14). Le bulbe est pyriforme assez ventru rosé et à saveur douce. Nous recherchons son histoire et de la documentation sur cette variété régionale.

L’échalote de la Manche

Matthieu Philibert, maraîcher à Bavent, a recueilli voilà plusieurs années l’échalote de la Manche. Cette fois, le bulbe est rond, plat, à la peau orangée et lisse. Matthieu, comme le faisaient les anciens professionnels, pratique sur cette variété la sélection massale. Chaque année il sélectionne les plus beaux sujets et les plus conformes au type. Ceux-là seuls sont remis en culture.
Nous recherchons l’histoire et la documentation sur cette échalote.

Haricots normands

Collectées de Cherbourg à Bernay et jusque dans le Perche ornais, des variétés anciennes de haricots mangetout, de cocos secs et de flageolets ont été sauvées de l’oubli après trente ans de recherches…

Rosette, Lenormand, Guesdon, Heusse, cultivateurs grainiers normands
Les « mangetout »

Six fameux mangetout sont désormais conservés et remis en culture par des maraîchers exigeants. On peut les découvrir à la saison au Jardin conservatoire de Saint-Pierre-sur-Dives.

'Quatre-au-mètre', des gousses de 25cm

Le ‘Quatre-au-mètre’, aux longues gousses de plus de 25 cm : haricot fondant, sans fil. Son grain est brun foncé et long. 

Le 'Pois perdrix', haricot gris de la Manche

Le ′Pois perdrix′, haricot mangetout à rames, a été confié sous ce nom au Jardin Conservatoire en 2001 par lassociation des Jardins familiaux de Saint-Lô (50). Il pourrait être le ′Gris zébré′ décrit par Vilmorin en 1904.

'Mittois' au grain grenat foncé presque rond

Le ′Mittois′, mangetout à rames à grain grenat foncé, confié par Thérèse, est connu de sa famille à Boissey (14) depuis le début du XXe siècle.

Des grains rosés comme de petits yeux

L’ ′Œil de Perdrix, haricot plus tardif, sans jamais de fil et même lorsque le grain est formé.

'Prudon' ou 'Prudent' découvert en Cotentin

Le ′Proudon′, confié par lassociation des Jardins familiaux de Saint-Lô (50) en 2005 avec ces précisions : « Variété connue des vieux jardiniers du Cotentin sous le nom de « Prudent«  ou « Prudon« . Variété remontante qui produit une deuxième fructification. Très tendre et sans fil jusqu’à un état avancé de sa maturité. »

′Petit carré de Caen′ à rames
Le cultivateur grainier           A. Lenormand dans son Catalogue général de graines et plantes (Caen, 1909) précise : « Une des meilleures variétés de haricots mange-tout. Grain très fin, de qualité tout à fait supérieure, très productif. »

Le ′Petit carré de Caen′

Au milieu du XIXe siècle, le président de la société d’horticulture de Caen, Gustave Thierry, envoie une note enthousiaste aux sociétés voisines : « Cet excellent légume, le meilleur sans contredit, est essentiellement normand et de plus bas-normand… Son grain est petit, aplati aux extrémités, presque carré… »
Le cultivateur grainier A. Lenormand dans son Catalogue général de graines et plantes (Caen, 1909) précise : « Une des meilleures variétés de haricots mange-tout. Grain très fin, de qualité tout à fait supérieure, très productif. »
′Petit carré de Caen’ ou ′Prédome nain blanches′ (Catalogue A. Lenormand, Caen, 1909 ) Haricot nain blanc ′Petit Prédome′ (Catalogue R. Guesdon, successeur Maison Bazin Simon fondée en 1820, Sourdeval-la-Barre, 1924-25) Petit carré de Caen’ à rames, « variété très répandue en Normandie, de qualité excellente, et de grande production, les cosses peuvent encore être consommées le grain étant entièrement formé » (Catalogue E. Rosette, Caen, 1928)
Petit carré nain de Caen’ (Catalogue A. Heusse, successeur Maison Bassière, Lisieux, 1937)

Nous recherchons  :
– le haricot à rames blanc de Domfront et le haricot jaune à rames de Domfront
– le haricotProlifique de Lisieux’ : «  Cette variété complètement inconnue, d’une vigueur sans précédent, produit en abondance des aiguilles fines longues de 15 cm environ. » (Catalogue A. Heusse, successeur Maison Bassière, Lisieux, 1937)
Les cocos
Coco 'Jaune de Chine'

Coco ′Jaune de Chine′ (Catalogue A. Lenormand, Caen, 1909)

Coco 'de Pont-Audemer', grain bigarré

Coco de Pont-Audemer′, coco nain

Le coco ′La Passion′ nain a été découvert à Condé-sur-Noireau en 2005.

'Noir de Créances'
'Soissons' à gros grain blanc
'Saint-Sacrement' à rames

Le ‘Noir de Créances’ confié à Montviette Nature en 2012 serait le haricot d’Espagne à grain noir. Pour être consommé, ce haricot demande plusieurs cuissons.

Le ‘Soissons’, surtout cultivé pendant l’Occupation dans toute la Normandie. Sa fleur est blanche ou orange.

Le ‘Saint-Sacrement’ à rames est le haricot de la « Légende des pois marqués » à Argentan.

Les flageolets

Deux variétés de flageolets ont été collectées en Calvados et dans l’Eure.

'Flageolet à rames' découvert à Balleroy (14)

Le ′Flageolet à rames’ est un haricot très vigoureux. Fleurs blanches. Longues gousses. Les grains sont faciles à conserver.

'Flageolet à feuilles d'ortie' découvert à Bernay (27)

′Flageolet à feuilles gaufrées’ a été retrouvé sur le marché de Bernay en 1998 (Catalogue A. Heusse, successeur Maison Bassière, Lisieux, 1937  et catalogue A. Lenormand, Caen, 1909)
Flageolet blanc à feuille d’ortie ou gaufrée′ (Catalogue R. Guesdon, successeur Maison Bazin Simon, Sourdeval-la-Barre, 1924-1925)

Le haricot ‘Blanc de Maltot’

Le Conservatoire de la ferme de Sainte-Marthe, lors du colloque du mois d’octobre à Saint-Pierre-sur-Dives, nous a confié le haricot ‘Blanc  de Maltot’. Il sera remis en culture et présenté au Jardin Conservatoire à Saint-Pierre-sur-Dives.

Le 'Blanc de Maltot' est un mangetout au grain blanc allongé.

Plantes magiques

Faire de mauvaises blagues en utilisant des plantes sauvages communes était le jeu des farceurs mais aussi des sorciers…

 

Avec les grandes herbes

Quand les gens circulaient chaque jour par les chemins de Normandie, ils se livraient parfois ou étaient victimes de cette farce : de chaque côté du chemin, on choisit de longues herbes que l’on attache ensemble.

Alors au crépuscule, l’écolier qui rentre chez lui, la trayeuse ou l’homme de journée qui s’en revient du travail, se prennent les pieds dedans et  tombent.

Se rendre invisible

On racontait aussi que l’on pouvait se rendre invisible !

Pour cela, il fallait fabriquer une potion, mais pas n’importe laquelle.

Il fallait recueillir des spores de fougère quand elles se détachent de la fronde… mais avant qu’elles ne touchent le sol.

Cette récolte est presque impossible et le reste de la recette demeure secret…

L’herbe éguérante

On craignait aussi de rencontrer le sorcier, surtout à la lisière des bois. Le fourbe aborde le passant, fait innocemment un bout de chemin avec lui, mais s’arrange pour le faire marcher sur une plante qui semble anodine. En fait, il s’agit de l’      « herbe éguérante». Le passant est alors incapable de retrouver son chemin et se perd dans le bois.
L’herbe éguérante n’est autre qu’une potentille (Potentilla erecta) des terres acides  qui pousse uniquement à la lisière des bois de feuillus et qu’on appelle « tormentille » ou « tourmentine ».

Sa fleur devrait avoir cinq pétales comme les autres potentilles, mais elle n’en a que quatre. On ne sait pourquoi.

Une anomalie botanique

Cette anomalie botanique n’égare pas que les marcheurs. Dans un bulletin de l’association d’art et d’histoire Le Pays Bas-Normand à Flers en 1911, J. Lechevrel rapporte qu’après avoir chanté et dansé autour du feu de la Saint-Jean « filles et garçons voient avec mélancolie la flamme s’éteindre […] C’est fini, malheur à qui s’attarde dans l’effusion d’une dernière étreinte, l’herbe « éguérante » cachera son chemin, il tombera de fatigue mystérieusement, attiré par les brindilles à l’étrange pâleur. » ( J.  Lechevrel, « La chanson populaire au pays bas-normand »Le Pays Bas-Normand, n° 3,  juillet 1911, p. 125)
Ne pas marcher sur la « tourmentine » ! C’est une     « mal herbe », l’herbe éguérante. Elle pousse en cercles dans toutes les forêts, sauf celles à conifères, et se cueille l’été. (D’après Anne Marchand, conteuse – Société historique de Lisieux)

Houlque laineuse
De bonnes blagues

Aujourd’hui les blagues sont plus raisonnables, comme de faire goûter une prunelle (Prunus spinosa) à un innocent à la fin de l’été quand sa chair paraît mûre, délicieuse et attirante, mais, en réalité,  s’avère horriblement astringente !

Au cours d’une balade, lorsque l’on voit des graminées bien mûres, comme la houlque laineuse (Holcus lanatus),  le plaisantin peut proposer de confectionner des paniers en tressant de manière savante quelques tiges de graminées ramassées.
Pour tresser ces brins, il réclame  de l’aide. Il croise alors les herbes dans la bouche de sa victime, lui demande de serrer un peu, juste ce qu’il faut,  et… tire d’un coup sec.

« Holcus lanatus, une des trente espèces les plus répandues dans la région. »

La houlque laineuse pousse dans les prairies et sur les talus, au bord des chemins de Normandie.

Michel Provost, Atlas de répartition des plantes vasculaires de Basse-Normandie,
Presses universitaires de Caen, 1993.

Pois gourmands

 « On avait un pois « gourmand  »  facile à cueillir : sa gousse est jaune. C’est un grand pois. Il faut le ramer solidement. » Tordouet

Tôt au printemps, les jardiniers sèment les pois à écosser et les pois « gourmands » qui, eux,  seront consommés en « mangetout ».

Pois  jaune fondant

Le ‘Pois jaune fondant’ retrouvé à Tordouet en 1990 s’est avéré être une variété réputée  dans toute la Normandie. Elle figurait dans différents catalogues de graines.
C’est un pois mangetout à fleur blanche teintée de jaune pâle. Les gousses sont d’un jaune tendre remarquable et, ainsi, faciles à récolter.  La  plante est  vigoureuse et demande des rames solides et hautes. Les gousses doivent être mangées jeunes avant la formation des fils.
‘Pois mangetout beurre’  (Catalogue André Heusse, successeur Maison Bassière, Semences sélectionnées, Prix courant des graines potagères, fourragères et de fleurs pour 1937, Lisieux, 1937)
« ‘Pois beurre à rames’, excellente variété à cosses épaisses, sans parchemin » (E. Rosette, Catalogue de graines & plantes, Caen, 1928)

Pois jaune fondant retrouvé en 1990
Pois crotte de lièvre

Dans la région de Balleroy, des familles  conservent une autre variété à gousse jaune : le ‘Pois crotte de lièvre’.

Son  grain est brun doré moucheté.

Sa fleur d’un joli rose veiné de rose soutenu.

Son nom de variété n’est pas connu.

'Crotte de lièvre' à fleur rose soutenu
Pois gris retrouvé en Cotentin
Pois gris

En Cotentin, autour de Sainte-Mère-Église, les jardiniers se transmettent toujours le ‘Pois crochu’, un mangetout fondant à la gousse recourbée. Lors de nos enquêtes avec Élisabeth et en partenariat avec le  musée de la ferme du Cotentin,  les anciens vantaient les mérites d’un « pois gris ». Longtemps recherché, le voici enfin retrouvé grâce à Florian et remis en culture en vue de sa conservation.

‘Pois gris géant à fleur violette’ (Catalogue René Guesdon, cultivateur grainier, successeur Maison Bazin Simon fondée en 1820, Prix courant général pour marchands de graines potagères, fourragères et de fleurs, Sourdeval-la-Barre, 1924-1925)

Pois à écosser

 

Parmi les variétés de pois à écosser retrouvées en Normandie, quelques souches ont été préservées comme  le ‘Pois capucin bleu’.

Sa  fleur est rose violine.  Le  grain  est bleu  violine  plutôt sombre.

Le ‘Pois normand’ est une variété encore connue et réputée. Elle est très prolifique et facile à cultiver.

Herbes à salade

Laitue, chicorée, mâche sont les trois types de plantes cultivées au jardin pour préparer la salade. Les inventaires de petits jardins ont prouvé qu’il en existait bien d’autres, ainsi que des plantes que l’on allait  ramasser sur les talus et dans les dunes…

Chicorée frisée fine de Rouen (Graines Le Paysan, 1947, coll. Montviette Nature)

La salade n’est pas un genre de plante mais une préparation culinaire  au sens de « herbes salées » de l’italien herba salata.

Le terme de salade, qui apparaît au XIIIe siècle, en dérive et s’est ensuite appliqué aux plantes elles-mêmes préparées avec du sel, de l’huile et du vinaigre.

Dans certaines familles de Normandie, on ne parle pas de vinaigrette mais de « salade à l’huile et au vinaigre ».

Bernadette précise : « Chez nous,  on mangeait de la salade tous les soirs du printemps et de l’été. » Et les salades peuvent varier. À côté de la laitue ‘Brune du Perche’ ou de la ‘Laitue de Flers’ : « Au printemps, on va cueillir des pissenlits mangés avec des œufs durs et des pommes de terre. »

Laitue de Flers, très rustique (Dernière trouvaille de Montviette Nature)
Laitue 'Brune du Perche', don du Conservatoire de Sainte Marthe
Herbes  sauvages du bord de mer

Sur le littoral, au bord des dunes, « on ramasse de la roquette et du plantain corne de cerf » mais aussi sur des talus exposés au soleil comme à Courménil (61). La roquette est une espèce vivace qui pousse dans les terrains sablonneux et en bord de mer. Elle est très fréquente autour d’Arromanches (14), Agon-Coutainville (50). Sa fleur est d’un jaune soutenu, la fleur est légèrement amère et poivrée. Le plantain corne de cerf pousse à l’état sauvage dans les mêmes types de sol en compagnie du pourpier d’été, sorte de petite plante grasse. Toutes ces plantes ont été  commercialisées au début du XXe siècle. Elles figuraient aux catalogues de A. Lenormand et E. Rosette à Caen, et de A. Heusse à Lisieux…

Roquette vivace à Agon-Coutainville (50)
Plantain Corne de cerf, à Courménil (61)
Pourpier d'été ou pourpier vert
Herbes  sauvages des talus

À l’intérieur des terres, dans les jardins, on cultive le  cresson de jardin, petit cresson annuel à fleurs jaunes en épis. Roquette et cresson de jardin sont très poivrés et viennent plutôt en accompagnement de laitue, tout comme la pimprenelle à salade que l’on peut aussi ramasser sur les talus secs.

Quelques petites herbes à  réintroduire au jardin, à retrouver lors des bourses aux plantes ?

Pimprenelle, Pontchardon (61)
Cresson de terre ou de jardin
Chicorée de Louviers catalogue Rosette Caen 1928

La guimauve

Plante des terres humides et du bord de mer,  en Normandie la guimauve a longtemps servi de plante remède.

Embarquée sur les navires

Au XVIIIe siècle, un chirurgien navigant à bord de bateaux négriers au départ d’Honfleur précise dans ses notes qu’il embarquait des fleurs de guimauve. Elles étaient  ajoutées à des violettes et des graines de lin pour soigner les marins. « Pour lutter contre la gonorrhée virulente ou chaude pisse, des saignées associées à des boissons adoucissantes telles qu’infusions de graines de lin, de fleurs de guimauve, de bouillon de violette. » (Bruno Dubois, « Le chirurgien navigant à bord des navires négriers armés à Honfleur au XVIIIe siècle », Le Pays d’Auge, novembre 1995)

Depuis quelques années, après une période d’oubli, les jardiniers l’ont adoptée au jardin comme plante ornementale. Elle s’adapte très facilement même dans les sols un peu secs.

La guimauve officinale se plaît dans les marais salés du bord de mer de Granville à Rouen,  dans l’embouchure de la Sélune, de l’Orne et sur les rives de la Seine. À l’intérieur des terres, elle se cantonne à quelques zones humides le long des berges de la Touques.

 

« Le père Landry avait de la guimauve dans son jardin. Quand on avait mal à la gorge ou une angine, on allait  en chercher chez lui. »  Sainte-Marguerite-de-Viette

La guimauve (Althaea officinalis, Malvaceae), cette plante au feuillage tout doux, aux fleurs rose pâle, a aussi été cultivée dans les jardins, car on en faisait grand usage dans la pharmacopée familiale.

Quand les dents des petits perçaient, « on leur donnait de la racine de guimauve à mâchonner ».

En 1887, Louis Lescène, le pharmacien de Livarot, note dans son ordonnancier qu’il a « délivré 125 g de  poudre de guimauve ». En juillet 1899, il prépare « 300 g de guimauve pour des décoctions ». Les  prescriptions de cette plante seront très fréquentes jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Au XIXe siècle, les médecins prescrivent de la poudre ou des décoctions  de guimauve pour différents petits maux. (Extrait d’un des ordonnanciers de 1876 à 1945, archives de la pharmacie Lescène, Livarot. (Coll. part.)

Trop rare genévrier

Le genévrier pousse à l’état sauvage dans les bois, ou plutôt il y poussait, car son arrachage depuis plus d’un siècle l’a presque fait disparaître des  forêts de Normandie.  

En 1846, selon le botaniste Durand-Duquesney,  il était  commun en Pays d’Auge et à l’est de Lisieux, poussant « dans les bois et les coteaux arides ».  Aujourd’hui, le botaniste Michel Provost constate que « cet arbuste thermophile est maintenant assez rare en Basse-Normandie et même inexistant dans la Manche » .  (Atlas des plantes vasculaires de Basse-Normandie, Presses universitaires de Caen, 1993)
Pourtant au XIVe siècle le coutumier d’Hector de Chartres rapporte qu’en forêt de Brix et en forêt de Gavray (situées dans l’actuel département de la Manche), les paroissiens sont autorisés à prélever le saule, le saule marsault, les épines, le sureau, l’aulne, le genêt, le genévrier et la ronce. En revanche, aucune mention n’en est faite pour les massifs forestiers du Pays d’Auge.
« À Montviette, à l’emplacement du bois près du Cabaret aux cènes, il y avait des genévriers qui ont disparu. » Ce  témoignage,  recueilli lors de l’enquête sur les arbres en 1995-1996, confirme leur déclin. Aujourd’hui toutes les stations sont en très nette régression. Est-ce dû au fait de leur utilisation trop intense ?

Utilisé dans les fermes

Autrefois le genévrier était utilisé dans les fermes : « A l’arrière- saison, on brosse les tonneaux à cidre avec les branches du genévrier. On en avait un pied dans la cour.
Roland de Neauphes-sur-Dives nous indique qu’ « on en avait un pied dans un coin du jardin ». Souvent les genévriers « ont été arrachés dans les bois pour être replantés dans les cours de ferme. On s’en servait pour préparer les pots à lard ».
Aujourd’hui, dans la forêt de Montpinçon, il n’en subsiste que deux pieds. Un autre a été préservé dans une haie à Montviette. Tous trois sont peu vigoureux.

Quand on tuait le cochon

À Pont-l’Évêque, quand on tuait le cochon, on préparait « une infusion de baies de genévrier pour nettoyer les pots à lard ».
D’autres témoignages précisent que pour nettoyer les pots à lard « on utilisait aussi une décoction de feuilles et de tiges dont on frottait les parois avant d’y mettre le cochon à saler ». Dans certaines maisons, on ajoutait une branche de genévrier dans la saumure avec le thym et le laurier.

De l’usage des baies de genévrier

À Notre-Dame-de-Courson, « on allait ramasser des baies de genévrier dans les bois. On en faisait un digestif », raconte Colette.
Dès le  XIIe siècle, les baies du genévrier servent à soigner. Le Livre des simples médecines préconise : « Contre les flux de ventre […] baigner le patient jusqu’au nombril dans de l’eau de pluie où ces semences de genièvre auront cuit et frotter ces parties du corps avec de l’eau chaude. Du genévrier on faisait de l’huile qui était efficace contre la fièvre quarte, l’épilepsie ou les douleurs de boyaux. »
Le mardi 31 décembre 1555, Gilles de Gouberville relate dans son journal qu’il est souffrant. Ses serviteurs  « s’en allèrent au matin à Cherebourg. Pour une unse de mélilot et de l’uyle de genèvre pour mettre sur [son] estomac. »

Arbres vénérés en Normandie

Au cours de l’histoire, l’arbre est si présent dans le quotidien et l’imaginaire des hommes  qu’ils  en font un usage domestique essentiel et parfois vénèrent certains sujets…

Le paysage au Moyen-âge

Au Moyen-âge,  les arbres sont appréciés  pour l’usage que l’on en fait : « bois à mesrien pour son edifier », bois d’œuvre pour la construction, bois de chauffe, palissage des enclos, cueillette des fruits, glandée, fourrage…
Entre 1398 et 1416, Hector de Chartres, maître des eaux et forêts du roi Charles VI, dresse l’inventaire des droits sur les forêts normandes. Ces droits sont répertoriés dans le  Coutumier d’Hector de Chartres, manuscrit conservé aux Archives départementales de Seine-Maritime. En Normandie, il visite les forêts de Seine-Maritime, de l’Eure, de Touques, d’Orbec et des Moutiers-Hubert, l’Orne et les forêts de Brix et de Gavray, de Lithaire (50).  Il recense les droits sur le fou, le chesne, le meslier, la puisne, la bourdaigne, l’esglentier, le pommier de bosc, le saux, le maresaux et l’espine (hêtre, chêne, néflier, troène, bourdaine, églantier, pommier sauvage, saule, saule marsault, aubépine).

Chêne pédonculé et glands
Les noms de lieux

Ces arbres sont si présents dans le quotidien et l’imaginaire des hommes que leur nom se fixe dans le toponyme de la paroisse. Aujourd’hui, de nombreuses communes et de lieux-dits portent le nom d’arbres : Saint-Martin-de-Fresnay (frêne), Saint-Germain-de-Livet et Saint-Pierre-des-Ifs (if), La Boissière (buis), Le Tilleul, Le Pin, La Pommeraie (pommier), La Boulaie (bouleau), La Houssaye (houx), La Verneusse (verne, aulne), L’Épinette…
Le linguiste Dominique Fournier, qui a longuement étudié les noms de lieux liés à la végétation,  apporte un éclairage sur leur origine. (Voir bulletins  Histoires et Traditions populaires, Le Billot)
L’if, qui pousse à l’état spontané dans les massifs forestiers, est  particulièrement abondant en Pays d’Auge. Le terme gaulois ivos (if) a donné aussi livet, livaye : Saint-Pierre-des-Ifs, Saint-Germain-de-Livet, Notre-Dame-de-Livaye.
Le buis, introduit par les Romains au début de l’ère chrétienne, s’est naturalisé çà et là. Son nom latin buxus a donné La Boissière, Boissey : lieu où pousse le buis.
Le Chêne, du gaulois cassanos, fut le nom d’une paroisse rattachée en 1830 à celle de Lessard pour      former la commune de Lessard-et-le-Chêne.
Le pommier sauvage, qui sera cultivé ensuite, a donné son nom à La Pommeraie, commune rattachée à celle de Saint-Désir.
Le pin est un arbre peu répandu qui a cependant laissé une trace dans le nom de la commune de Le Pin.
Plus  au sud du Pays d’Auge, on a vénéré le frêne à Saint-Martin-de-Fresnay ainsi que le tilleul dans la paroisse du Tilleul rattachée  en 1831 à la commune de Saint-Georges-en-Auge.
Au XVe siècle, à Montviette, la vente d’une parcelle de bois pour  la production de vaisselle en bois de poirier tourné  montre que cet arbre poussait à l’état sauvage dans les bois avec le pommier, le merisier et le bouleau : « toute la vesselle de boys que le ledit vendeur pourra faire pour le pris de chacun cent d’escuelles et plateaux de perier »  (Tabellionnage de Longny, 11 décembre 1482 – Archives départementales de l’Orne)

Les tilleuls à petites feuilles de l'ancien cimetière de la paroisse du Tilleul rattachée à Saint-Georges-en-Auge en 1831
Marronniers à l’entrée des fermes

À la fin du XIXe siècle, des marronniers  ont été plantés à l’entrée des fermes fromagères. Cette économie nouvelle qui allait faire la renommée du Pays d’Auge a aussi marqué le paysage. Ces arbres ont une durée de vie de deux cents ans. Ils sont désormais menacés et  mériteraient d’être sauvegardés.

Vieux arbres et arbres sacrés

Au XIXe siècle, le naturaliste rouennais Henri Gadeau de Kerville parcourt la Normandie à la rencontre de vieux arbres vénérables.

Il les photographie, les identifie, les mesure, et publie ses travaux dans le Bulletin de la Société des amis des sciences naturelles de Rouen. (Coll. Montviette Nature)

Chêne porte-gui Isigny-le-Buat (50) photographié le 24 avril 1898 par Gadeau de Kerville

Quelques arbres ont marqué autrement l’imaginaire des habitants, comme le « chêne aux chiffes »  au Pré-d’Auge, le « chêne à l’image » de  Barneville-la-Bertran ou de Friardel. Trois chênes sacrés : le « Gros chêne » de Friardel abritait une statue de la Vierge, celui de Barneville-la-Bertran celle de saint Jean-Baptiste. Et le chêne du Pré-d’Auge est encore aujourd’hui au centre d’un pèlerinage pour demander de l’aide à saint Méen, patron de la paroisse et saint guérisseur.

Chêne à l'image à Barneville-la-Bertran aujourd'hui disparu
Le Gros chêne à Friardel avec son enclos et sa Vierge
Le "Gros chêne" aujourd'hui

Symbole d’éternité, l’if a été planté dans la plupart des cimetières. Les tempêtes de 1987 et de 1999 en ont abattu de très anciens qui n’ont pas été remplacés.
À Lisieux, une aubépine a servi de limite de territoire entre la cathédrale et l’abbaye du Pré. On l’appelait l’ « épine du chapitre ».
À Préaux-Saint-Sébastien, l’ « épine à la dame » près de l’église rappelle un événement de la confrérie de Charité de la paroisse.
À Saint-Vaast-en-Auge, en novembre 1919, la commune et les anciens combattants plantent un « arbre de la Victoire », toujours vénéré.

Plantation de l'arbre de la Victoire, novembre 1919 à Saint-Vaast-en-Auge. Carte postale (coll. Montviette Nature)
Le cèdre planté en 1919 préservé dans l'enclos du monument aux morts
Le chêne à l’image de Barneville-la-Bertran /Arthème Pannier

 

(Extrait du carnet n°126, conservé à la Société historique Lisieux)
Arthème Pannier (1817-1882) cofondateur de la société historique de Lisieux écrit :
Barneville
Sur le bord de l’ancien
chemin vicinal qui conduit à la route d’Honfleur
chemin de Barneville à Équemauville,
à Honfleur se dresse
un vieux chêne plus que
séculaire dont il ne reste plus que le vieux tronc
qui est creux, ce tronc
renferme une petite niche
qui contient une statue
de saint Jean (Légende)
Autrefois on allumait
un feu de joie auprès
de ce vieux chêne,
un feu de joie que
le clergé bénissait

À peu de distance du
village de Barneville
au pied d’un coteau boisé
se dresse un vieux chêne
dont les branches tuteurs
couvrent de leur feuillage
une statuette de St Jean
placée dans une niche que
renferme le tronc creux du
chêne appelé dans le pays
chêne de l’image.
Les vieillards du pays racontent que
toutes les nuits, à minuit, Satan
empruntant une forme humaine
apparaît au pied de
ce chêne.
Malheur à ceux qui passaient
à cette heure (à cet endroit) au
pied du vieux chêne.

Jules Oudin, pépiniériste exceptionnel

Toute sa vie, Jules-Auguste Oudin aura été un précurseur et un innovateur dans le domaine de l’horticulture,  la pépinière et l’obtention de variétés florales.

En 1838, il est directeur de la toute jeune Société d’émulation de Lisieux. Il a tout juste 19 ans. En 1866, il fonde la Société d’horticulture. Puis  il installe à La Pommeraye, sur la commune de Saint-Désir, l’une des plus grandes pépinières de France capable de fournir les végétaux les plus rares. Un parcours à donner le tournis…

 

Jules Oudin est né le 22 juillet 1819. Dès son plus jeune âge, il est passionné de botanique. Ce jeune fils de maraîcher de Lisieux n’ayant reçu qu’une instruction primaire  va parcourir l’Europe pour parfaire sa formation. Au cours de ses voyages et de ses séjours en Angleterre et en Écosse, il rencontre les meilleurs botanistes et horticulteurs. Ainsi, dès 1831, Victor Leroy, découvreur d’arbres américains rentré des États-Unis, le forme à la connaissance de ces plantes nouvelles venues d’outre-Atlantique.
À Lisieux, lors de l’exposition d’horticulture de septembre 1840, Jules-Auguste Oudin présente 240 variétés de dahlias obtenues en Angleterre et ailleurs en Europe. Jusqu’alors la culture du dahlia était réservée à des amateurs éclairés… Il montre aussi son savoir-faire avec des arbres fruitiers sélectionnés : les poires ‘Beurré royal’, ‘Urbaniste’   et  ‘Fortunée’  qui mûrissent en janvier.

Nouveau plan de Lisieux montrant la pépinière de Jules Oudin à La Pommeraye, commune de Saint-Désir

 

La pépinière de La Pommeraye

Son établissement de vente est situé au 41 du boulevard Sainte-Anne où son père exerçait auparavant comme maraîcher. Vers 1855, afin de s’agrandir, Jules-Auguste Oudin transporte ses serres et ses massifs à Malicorne, puis à La Pommeraye sur la commune de Saint-Désir, où il crée un établissement horticole grandiose présenté en ces termes dans un  Guide des étrangers : « C’est à La Pommeraye que se trouve ce vaste et magnifique établissement horticole qui n’a pas de pareil en France et qui a été créé par M. Jules Oudin. »  La taille moyenne des pépinières de Normandie est de 2 à 10 hectares. Pour aménager la sienne,  il défriche les 55 hectares du Bois l’Évêque sous les railleries des propriétaires voisins. Dans cette pépinière aux dimensions hors norme, il élève des conifères de tous les pays,        acclimate des arbres et des arbustes rares.
En 1866, il fonde la Société d’horticulture de Lisieux.

Plusieurs catalogues de roses sont conservés à la bibliothèque de Genève, Suisse
Obtenteur de rhododendrons et de roses

Il crée plusieurs roses, dont au moins une lui a survécu même si elle reste introuvable à ce jour en Europe : la  rose ‘Génie de  Chateaubriand’. Il serait le créateur de plusieurs sujets disparus :
‘Mademoiselle Cillard’ 1852, ‘Joséphine Oudin’, ‘Madame Oudin’, ‘Duchesse de Normandie’ 1846, ‘Triomphe d’Oudin’ (ou ‘Triomphe d’Oullins’) 1850.
Il rencontre  Alexandre Dumas et échange des lettres sur les origines du pommier et du nom de la paroisse de La Pommeraye. Ces lettres ont été  publiées dans  le Dartagnan  du 3 mars 1868, le journal d’Alexandre Dumas. Puis il va devenir         « hybrideur » de rhododendrons, une technique à peine mise au point. Aujourd’hui le ‘Boule de neige‘  (1878) est encore commercialisé et apprécié des paysagistes.

Hortalia, bibliothèque numérique de la SNHF

D’abord baptisée ‘Rose Chateaubriand’ en 1848, créée par Jules et Gabriel Oudin, elle est renommée ‘Génie de Chateaubriand’ dès 1849. Une rose à rechercher…

Expositions à Paris

Sa première exposition à Paris  en 1867 est très      remarquée. Mais c’est en 1878 qu’il va réaliser un véritable exploit : depuis La Pommeraye, il transporte au Trocadéro et sur le Champ-de-Mars            42 000 arbres et arbustes adultes, en pots ! La liste en est démesurée : 112 variétés de houx, 82                espèces de chênes, 468 types de conifères et, particulièrement remarqué, le Thuya gigantea dont Jules  Oudin est le seul détenteur en Europe. Exposés  pendant  six mois, les arbres sont ensuite achetés par l’État et installés à Boulogne, Vincennes et au Jardin des plantes. Il est promu chevalier de la Légion d’honneur. Son retour à Lisieux est fêté par un banquet  donné dans les      salons de l’hôtel de ville.
Oudin prépare de nouveaux projets et agrandit encore la pépinière.  Mais, alors qu’il visite une pépinière près de Beuzeville avec son fils Louis, il meurt foudroyé d’une rupture d’anévrisme. Il sera enterré dans le cimetière de Saint-Désir dans le carré des Oudin le lundi 30 août 1882.

Un Sequoia sempervirens encore en place dans la pépinière disparue

 

Sa mort subite l’a empêché de transmettre son œuvre à un successeur. Ses deux garçons, Victor et Louis, vont tenter néanmoins de maintenir l’activité au niveau d’exigence que Jules-Auguste avait fixé, mais  la pépinière finira par disparaître autour de 1910.
La famille ne laisse pas de traces dans la région et les souvenirs de cet incroyable établissement s’effacent tout doucement. À La Pommeraye, nous avons seulement retrouvé un Sequoia sempervirens de  plus de 20 mètres de haut.