Archives pour la catégorie Personnages

Les oiseaux du jardin de Lina

Lina, une des fondatrices de Montviette Nature, appréciait et accueillait les oiseaux dans son      jardin.
En 1998, elle a noté sur un cahier quelques-unes de ses observations.
En voici ses écrits.
Ses observations rejoignent les connaissances sur les oiseaux.

Textes des observations : copies du cahier d’observation de Lina Sorel
Explications ornithologiques : Sophie et Guy Béteille
Photographies : Sophie et Guy Béteille

Lina et Gérard Bertran, la Dame Blanche (photographie de Rodolphe Murie extraite  du film Le secret du coucou bleu, 2010)

Observations du
grimpereau des jardins
19/01/1998
Vu à 16h00, le grimpereau des jardins inspectait rapidement le tronc du cerisier jusqu’au haut.

05/02/1998
Revu le grimpereau.

28/05/1998
Nous avons surpris dans son nid le grimpereau. Il niche dans une boîte suspendue à un pommier.
Depuis, je ne le voyais que très rarement, mais ce soir, après un gros orage, je vois les deux parents apporter de la nourriture aux petits.

Explications de Sophie et Guy : 

Oiseau sédentaire, qui se nourrit sur les troncs. Partant de la base de l’arbre, il progresse par menues saccades pour trouver sa nourriture : divers insectes, des araignées, des cloportes, des myriapodes et des mollusques. Toutes les proies sont minuscules.

Le nid des grimpereaux se trouve la plupart du temps dans un recoin étroit et abrité. Le site classique est l’espace laissé entre le tronc et l’écorce par le décollement de celle-ci. Mais tout autre abri s’ouvrant par une fente, si possible avec deux accès, peut être adopté.

Seule la femelle couve. Par contre, les petits sont nourris par les deux parents. La nourriture apportée est constituée en majorité de chenilles, d’araignées et autres petits insectes.

Observations des
mésanges bleues, charbonnières et nonnettes

19/01/1998
Les mésanges cherchaient des graines sur la fenêtre.

23/01/1998
J’ai remarqué cette année qu’il y avait beaucoup plus de mésanges bleues que de charbonnières à venir manger les graines que je dépose sur la fenêtre. Également moins de nonnettes, mais il faut peut-être attendre plus de froid. Celles-ci sont plus sauvages.

Mésange bleue

 

Les mésanges sont présentes en toutes saisons. Elles jouissent d’une popularité remarquable, grâce aux facilités qu’on a de les attirer jusqu’aux fenêtres des maisons, pour observer sans peine leur joli plumage et leurs activités acrobatiques.

Les mésanges ont besoin, tout au long de leur existence, de leur poids d’aliments quotidiens  pour fournir les calories nécessaires à leur corps. Aussi sont-elles sans cesse en mouvement, à la recherche de nourriture, constituée essentiellement par des insectes.
Mais à l’automne, ceux-ci  sont remplacés par des graines, surtout celles qui contiennent des substances grasses.

Observation de la grive mauvis

23/01/1998
Temps frais, annonce de neige.

Entrevu la grive mauvis, un peu en boule, ramassée (il faut dire qu’il faisait froid), une bande blanche au-dessus de l’œil, les côtés marqués d’une bande marron clair rousse.

Grive mauvis, Livarot

La grive mauvis est uniquement un migrateur hivernant, venant passer l’hiver chez nous.

Petite, assez compacte, sa tête est assez grosse et sa queue relativement courte. Elle a une raie blanchâtre au-dessus de l’œil et sous la joue. Ses flancs et le dessous de ses ailes sont de couleur rouille.

Observations du geai des chênes

25/01/1998
Vu le geai, presque sous la fenêtre, magnifique plumage. Il paraissait en excellente santé et s’amusait à soulever les feuilles mortes et à  les envoyer en l’air. Finalement, jusqu’au moment de son envol, il n’avait pas trouvé grand-chose sous chacune d’elle.

Le geai des chênes est le plus coloré des corvidés. Principalement brun rose clair, il a un croupion blanc qui se prolonge par une queue noire, des ailes avec un miroir blanc et des plumes bleues finement rayées de noir sur le poignet, une large moustache noire.
Il se nourrit beaucoup de glands (50 % de sa nourriture) cueillis directement dans les chênes ou ramassés sur le sol. Il en emporte une partie qu’il cache dans une fente d’arbre ou le dissimule dans la terre ou sous les feuilles. Il apprécie aussi les fruits et les baies sauvages et/ou cultivés. À ces végétaux s’ajoutent des gros insectes, et quelques petits animaux. C’est donc un « glandivore » doublé d’un omnivore qui mange un peu tout ce qui se présente.

Observation de la fauvette à tête noire

27/01/1998
Je pense avoir vu la fauvette à tête noire. Les yeux au ras d’une calotte toute noire, le dos gris cendré, la gorge gris très clair, le bec noir fin. Elle est plus ronde et beaucoup moins vive que la nonnette, ne s’attaque pas aux graines mais seulement au gras. L’an passé, j’avais vu la femelle à tête rousse. Elle n’a pas non plus de bavette noire.

Fauvette à tête noire, Ticheville (61)

 

La fauvette à tête noire est un petit passereau au dessus brun olivâtre grisâtre et au dessous gris très clair. Sur la tête, le mâle a une calotte noire tandis que celle de la femelle est brun roux. Se nourrissant essentiellement d’insectes, son bec est fin, de couleur ardoisée. En hiver et au printemps, elle consomme aussi des fruits et des baies.

Observation du tarin des aulnes

Janvier-février 1998
Je pense avoir le tarin des aulnes, grégaire. Ils viennent manger des graines avec les mésanges qu’ils pourchassent.  Plus petits que le verdier, un bec plus fin également. Le mâle sans doute a le dessus de la tête noir. Il est plus vert. L’autre est plus terne, le dessous strié de beige clair marron. Très rapide. Des bandes jaunes sur les ailes.

Les tarins sont souvent observés en groupe. Beaucoup sont des femelles au plumage vert grisâtre, flammé de brun noir, avec le croupion jaune. Les mâles se distinguent à leurs teintes plus vives, à leur dessous jaune à peine rayé, à leur calotte noire et à leur minuscule bavette noire. Leur bec est effilé, de forme conique.  Leur taille est faible, presque celle d’une mésange bleue.

Les tarins passent des heures à extraire des graines en haut des arbres, en particulier des aulnes. En hiver, ils fréquentent régulièrement les mangeoires.

Observations de la grive litorne

03/02/1998
Vu sous le pommier, mangeant des pommes restantes à terre, sans doute la grive litorne. Assez grosse, le dessus de la tête gris, le ventre gris clair et tacheté assez haut sous la gorge, un peu de blanc au bout de l’aile, la queue noire, le bec jaune. Elle paraissait plus inquiète que les merles à côté d’elle.

04/02/1998
Trois litornes. Le dessus du dos gris bleuté, les ailes marron, elles chassent les merles.

Oiseau hivernant dans nos régions, on rencontre souvent la grive litorne, en groupes, dans les vergers. C’est une grosse grive, à tête grise, bec jaune, dos brun, croupion gris et queue noire, poitrine roux doré piquetée de points noirs, ventre blanc.

Grive litorne, Bellou (14)

Observation du pic-vert

04/02/1998
En même temps que la grive litorne, le pic-vert est venu manger sous le pommier. Il est resté très longtemps.

Pic vert, Ticheville (61)

Bien qu’il travaille souvent les troncs et passe une bonne partie de sa vie dans les arbres, le pic-vert se nourrit facilement à terre.
Il fouille le sol de son bec puissant et s’attaque surtout aux fourmilières.
Il ne dédaigne pas non plus les limaces et vers de terre.

Observations
de la mésange à longue queue

18/02/1998
Vu la mésange à longue queue dans le cerisier en face de la fenêtre. Ce fut une apparition fugitive.

16/03/1998
En me promenant dans le bosquet, j’ai vu à nouveau la mésange à longue queue dans un bouleau pendue à une brindille. Elle est venue sur un arbre à côté de moi.

26/04/1998
Belle matinée ensoleillée. Vu la mésange à longue queue accrochée tout en haut de la fenêtre. Elle avait peut-être trouvé une mouche ou une araignée !

06/06/1998
En me promenant dans le parc, j’ai encore découvert à terre un nid de mésange à longue queue. J’étais bouleversée. Mais en continuant un peu plus loin, j’ai entendu au-dessus de ma tête des piaillements et, bonne surprise, 4 ou 5 jeunes mésanges à [longue queue], sans doute gênées par le petit chien qui me suivait, sautaient de branches en branches.
Le nid était tombé des grands sapins.

La mésange à longue queue fréquente les lisières des bois, les haies, les buissons, les broussailles, les parcs et suit les arbres jusqu’à l’intérieur des villes.
Acrobate infatigable, elle se suspend aux ramilles les plus fines, tourne et papillonne autour des branches, les explore en hâte jusqu’à leur extrémité.
Sa nourriture consiste en insectes de petite taille, de leurs œufs et de leurs larves et aussi d’araignées. En hiver, les substances végétales (fragments de lichen et baies) jouent un rôle secondaire.

Le nid, petit chef-d’œuvre, constitué à l’intérieur de plumes et de poils et à l’extérieur de mousses, de lichens, débris d’écorces…,  se présente comme un œuf allongé et vertical, percé d’une ouverture dans sa partie supérieure. Il se trouve dans des milieux variés : souvent dans l’enfourchure étroite d’un tronc ou d’une grosse branche, soutenu par des rameaux ou encadré par un lierre. On le rencontre dans les conifères comme dans les feuillus. Facilement visible, il est fréquemment victime de destruction par les geais, les pies et autres prédateurs (mustélidés, écureuils, chats et rongeurs), ou même par le vent qui l’arrache.

Observation du bouvreuil pivoine

31/03/1998
J’ai vu un couple de bouvreuils qui mangeaient les bourgeons du cerisier en fleurs encore dénudé de ses feuilles.

Bouvreuil pivoine, Saint-Michel-de-Livet (14)

Au milieu de l’hiver, les bouvreuils commencent à cisailler les bourgeons de quantité d’arbres, notamment dans les vergers, où ils ébourgeonnent méthodiquement les abricotiers, les cerisiers, sans oublier les cassis et autres arbustes.

 

Observations de la fauvette des jardins

25/05/1998
J’ai eu la bonne surprise de constater que la fauvette des jardins était revenue dans son site habituel et avait pondu 5 œufs qu’elle couve.

07/06/1998
Je suis allée revoir le nid  de la fauvette, à peine caché par la verdure de la clématite. Les petits sont bien là qui tendent le bec.

Le nid de la fauvette des jardins est placé assez bas, entre 50 centimètres et 2 mètres.
Il est construit dans toutes sortes de buissons, dans des plantes grimpantes, …
Elle y pond quatre ou cinq œufs.
Le mâle et la femelle couvent et s’occupent du nourrissage des jeunes.

Observation du rouge-gorge familier

Fin juin 1998
Trouvé dans le garage sur une étagère un nid de rouge-gorge avec des œufs dedans. Mais quelques jours après, le nid était vide !

Rouge-gorge familier, Valleuse-d'Eletot (76)

Le rouge-gorge peut nicher un peu partout. Le plus souvent, le nid se trouve à terre, au flanc d’un talus, au bord d’un fossé, sous une racine, au pied d’un taillis, sous un amas de branches, dans un terrier, dans un pot tombé à terre… Toutefois, on peut aussi le trouver en hauteur (jusqu’à 4 mètres) : dans des trous de murs, à l’extérieur ou à l’intérieur de cabanes ou bâtiments, sous des poutres…

Les couvées sont facilement abandonnées suite à l’attaque de prédateurs (belettes, rongeurs, écureuils, chats, geais, pies…), aux dérangements de l’homme ou aux mauvaises conditions météorologiques.

Bibliographie
– P. Géroudet,  Les passereaux d’Europe, Tomes 1 et 2Delachaux et Niestlé, 1998.
– L. Svensson, K. Mullarney, D. Zetterström,  Le guide ornitho,  Delachaux et Niestlé, 2014.

Jules Oudin, pépiniériste exceptionnel

Toute sa vie, Jules-Auguste Oudin aura été un précurseur et un innovateur dans le domaine de l’horticulture,  la pépinière et l’obtention de variétés florales.

En 1838, il est directeur de la toute jeune Société d’émulation de Lisieux. Il a tout juste 19 ans. En 1866, il fonde la Société d’horticulture. Puis  il installe à La Pommeraye, sur la commune de Saint-Désir, l’une des plus grandes pépinières de France capable de fournir les végétaux les plus rares. Un parcours à donner le tournis…

 

Jules Oudin est né le 22 juillet 1819. Dès son plus jeune âge, il est passionné de botanique. Ce jeune fils de maraîcher de Lisieux n’ayant reçu qu’une instruction primaire  va parcourir l’Europe pour parfaire sa formation. Au cours de ses voyages et de ses séjours en Angleterre et en Écosse, il rencontre les meilleurs botanistes et horticulteurs. Ainsi, dès 1831, Victor Leroy, découvreur d’arbres américains rentré des États-Unis, le forme à la connaissance de ces plantes nouvelles venues d’outre-Atlantique.
À Lisieux, lors de l’exposition d’horticulture de septembre 1840, Jules-Auguste Oudin présente 240 variétés de dahlias obtenues en Angleterre et ailleurs en Europe. Jusqu’alors la culture du dahlia était réservée à des amateurs éclairés… Il montre aussi son savoir-faire avec des arbres fruitiers sélectionnés : les poires ‘Beurré royal’, ‘Urbaniste’   et  ‘Fortunée’  qui mûrissent en janvier.

Nouveau plan de Lisieux montrant la pépinière de Jules Oudin à La Pommeraye, commune de Saint-Désir

 

La pépinière de La Pommeraye

Son établissement de vente est situé au 41 du boulevard Sainte-Anne où son père exerçait auparavant comme maraîcher. Vers 1855, afin de s’agrandir, Jules-Auguste Oudin transporte ses serres et ses massifs à Malicorne, puis à La Pommeraye sur la commune de Saint-Désir, où il crée un établissement horticole grandiose présenté en ces termes dans un  Guide des étrangers : « C’est à La Pommeraye que se trouve ce vaste et magnifique établissement horticole qui n’a pas de pareil en France et qui a été créé par M. Jules Oudin. »  La taille moyenne des pépinières de Normandie est de 2 à 10 hectares. Pour aménager la sienne,  il défriche les 55 hectares du Bois l’Évêque sous les railleries des propriétaires voisins. Dans cette pépinière aux dimensions hors norme, il élève des conifères de tous les pays,        acclimate des arbres et des arbustes rares.
En 1866, il fonde la Société d’horticulture de Lisieux.

Plusieurs catalogues de roses sont conservés à la bibliothèque de Genève, Suisse
Obtenteur de rhododendrons et de roses

Il crée plusieurs roses, dont au moins une lui a survécu même si elle reste introuvable à ce jour en Europe : la  rose ‘Génie de  Chateaubriand’. D’après Daniel Lemonnier, il serait le créateur de plusieurs sujets disparus :
‘Mademoiselle Cillard’ 1852, ‘Joséphine Oudin’, ‘Madame Oudin’, ‘Duchesse de Normandie’ 1846, ‘Triomphe d’Oudin’ (ou ‘Triomphe d’Oullins’) 1850.
Il rencontre  Alexandre Dumas et échange des lettres sur les origines du pommier et du nom de la paroisse de La Pommeraye. Ces lettres ont été  publiées dans  le Dartagnan  du 3 mars 1868, le journal d’Alexandre Dumas. Puis il va devenir         « hybrideur » de rhododendrons, une technique à peine mise au point. Aujourd’hui le ‘Boule de neige‘  (1878) est encore commercialisé et apprécié des paysagistes.

Hortalia, bibliothèque numérique de la SNHF

D’abord baptisée ‘Rose Chateaubriand’ en 1848, créée par Jules et Gabriel Oudin, elle est renommée ‘Génie de Chateaubriand’ dès 1849. Une rose à rechercher…

Expositions à Paris

Sa première exposition à Paris  en 1867 est très      remarquée. Mais c’est en 1878 qu’il va réaliser un véritable exploit : depuis La Pommeraye, il transporte au Trocadéro et sur le Champ-de-Mars            42 000 arbres et arbustes adultes, en pots ! La liste en est démesurée : 112 variétés de houx, 82                espèces de chênes, 468 types de conifères et, particulièrement remarqué, le Thuya gigantea dont Jules  Oudin est le seul détenteur en Europe. Exposés  pendant  six mois, les arbres sont ensuite achetés par l’État et installés à Boulogne, Vincennes et au Jardin des plantes. Il est promu chevalier de la Légion d’honneur. Son retour à Lisieux est fêté par un banquet  donné dans les      salons de l’hôtel de ville.
Oudin prépare de nouveaux projets et agrandit encore la pépinière.  Mais, alors qu’il visite une pépinière près de Beuzeville avec son fils Louis, il meurt foudroyé d’une rupture d’anévrisme. Il sera enterré dans le cimetière de Saint-Désir dans le carré des Oudin le lundi 30 août 1882.

Un Sequoia sempervirens encore en place dans la pépinière disparue

 

Sa mort subite l’a empêché de transmettre son œuvre à un successeur. Son épouse et ses deux garçons, Victor et Louis, vont tenter néanmoins de maintenir l’activité au niveau d’exigence que Jules-Auguste avait fixé, mais  la pépinière finira par disparaître autour de 1910.
La famille ne laisse pas de traces dans la région et les souvenirs de cet incroyable établissement s’effacent tout doucement. À La Pommeraye, nous avons seulement retrouvé un Sequoia sempervirens de  plus de 20 mètres de haut.

Publié dans La feuille du cultivateur et le journal d’agriculture pratique, 1861, Bruxelles, ce reportage sur l’aménagement du Jardin de l’Evêché à Lisieux et l’œuvre de Jules Oudin :
« La municipalité de Lisieux fait les frais d’un jardin public au milieu de la ville, près du palais de justice. Ce jardin est bien tenu. Le jardinier est habile et les habitants l’encouragent. J’y ai remarqué de beaux rosiers haute tige qui, aux mois de juin et juillet, ont donné de belles fleurs; on y plantait des boutures de dahlias, dont un grand nombre appartenaient à de bonnes variétés. Le goût des habitants pour les fleurs fut une obligation à la municipalité de ne placer sous leurs yeux que de belles choses. Presque tous ceux de ces habitants qui ont maison de campagne, s’adonnent à la floriculture et ne veulent chez eux que des espèces diamants. Aussi la profession de fleuriste pépiniériste est-elle assez prospère dans le pays. On cite, entre autres, un établissement fondé sur le chemin de Saint-Pierre-sur-Dives, par M. Oudin, et qui est un modèle pour son étendue et son aménagement.
Oudin expédie des arbres fruitiers, des fleurs rares et des plantes de serre dans toute la Normandie et la Bretagne. Il fait cultiver quinze hectares de pépinière, cinq de fleurs de pleine terre, quatre de plantes maraîchères; cinq hectares sont occupés par ses serres. Je n’ai pu me rendre chez lui ; mais je sais que malgré toutes les charges que lui imposent des cultures aussi considérables, il fait d’excellentes affaires. » Guézou-Duval. [Écho agricole]

Louis Gauthier et les fraises de Caen

La fraise de Caen s’est fait une très belle réputation au XIXe siècle…
Depuis le XVIIe siècle, les variétés cultivées étaient peu nombreuses : ′Écarlate de Virginie′, ′Fraisier ananas′, ′Écarlate de Bath′…  jusqu’à ce que des sélections nouvelles s’imposent.
La Normandie  va y jouer un grand rôle avec le fraisiériste Louis Gauthier.

Ecarlate de Bath, Traité des arbres fruitiers, 1768, coll. Montviette Nature
Éloge de la Normandie

La revue mensuelle  Histoire industrielle, dans son numéro du mois de juillet 1909, fait l’éloge de l’œuvre de Louis Gauthier (1860 – 1935) et de la Normandie où Caen est présentée comme la région de culture de la fraise la plus importante de France…

« Louis Gauthier, qui est chevalier du Mérite agricole, est né à Caumont-l’Éventé (Calvados) en 1860. À trente ans, il était jardinier en chef du  château de Grentheville, près de Caen. Et là, il eut l’occasion toute trouvée d’expérimenter sur les fraisiers, la fécondation artificielle et l’hybridation. Il réussit tant et si bien que de la Belle de Meaux, variété des quatre saisons dont il sut marier le pollen avec une variété à gros fruits, il obtint le célèbre fraisier Louis Gauthier (à filets remontants). »   Cette fraise créée en 1896      « possède une fécondité permanente et ainsi se succèdent les récoltes en mai, juin, juillet et jusqu’au mois de novembre ».

Louis Gauthier,  qui est devenu « le  Maire de Grentheville […]  nous explique qu’il y a, dans l’obtention des fraisiers, deux points principaux à viser :
1° Ceux destinés à fournir la fraise du Commerce, doivent donner un fruit d’un beau rouge, très gros et d’une grande fermeté, afin de pouvoir se transporter aisément et faire bonne figure à la vente.
2° Les fraisiers destinés pour la culture, à la clientèle particulière, et dont les fruits seront consommés sur place, doivent donner une fraise très tendre à la chair parfumée. Plus mièvre peut-être que les autres, cette fraise est d’une délicatesse infinie, d’un parfum capiteux – si tant est qu’on puisse s’enivrer d’un tel parfum !
Nous dirions volontiers que la fraise du Commerce est comme ces appétissantes et plantureuses filles des champs, dont l’exubérante santé éclate de toutes parts ; tandis que la fraise bourgeoise, celle qui aura les honneurs de la consommation sur place, est plus aristocratique, plus fine dans ses attaches, plus pâle dans ses coloris, plus tendre dans sa chair, plus exquise et plus raffinée, comme le sont nos délicates parisiennes…

"Fraise blanche" dite "fraise bourgeoise" à consommer sur place ?
Une fraise rose...

L’éducation des fraisiers est donc toute différente selon ce que l’on veut obtenir ; si la Fraise Louis Gauthier est la plus grosse et la plus productive des fraises connues, la Merveille de France est venue, il y a deux ans, lui disputer les lauriers que la première avait conquis de toutes parts. »

Les variétés créées par Louis Gauthier

Louis Gauthier a créé plusieurs centaines de variétés de fraisiers « qui se sont emparées des fertiles terrains de Caen ». Chaque année, 60 000 pieds sont expédiés « sur les deux continents… pour aller s’acclimater dans les pays les plus lointains ». Mais que sont devenues les obtentions de Louis Gauthier, parmi lesquelles la ′Tardive de Caen′, l’ ′Arlette de Normandie′, la ‘Châtelaine de Grentheville’ ? La fraise ′Louis Gauthier′ figurait dans les  catalogues A. Lenormand en 1909 et E. Rosette en 1928 aux côtés de la fraise ‘Ville de Caen’. La ‘Louis Gauthier’ décrite comme  à «  très gros fruits blanc-rosé» semble ne plus être détenue que par quelques collectionneurs.

Fraise de Caen, catalogue Rosette, Caen, 1928, coll. Montviette Nature
Publicité Louis Gauthier, Bulletin de la société d'horticulture de Caen

Dans les jardins de Normandie est toujours cultivée une fraise à chair blanc-rosé très parfumée. Cette variété, qui n’a pas été identifiée, serait-elle une des obtentions de Louis Gauthier ?

Roger Brun : paysan naturaliste normand

Collectionneur passionné, têtu et méticuleux, Roger Brun a exploré toute la faune de Normandie, surtout à Friardel, sa terre d’adoption.

Il a rassemblé une collection exceptionnelle allant du plus petit insecte au plus grand des mammifères.
Personnalité très forte et très riche, Roger Brun fut tout à la fois un grand naturaliste, un homme au franc-parler exemplaire, le fondateur de la libre pensée du Calvados, un agriculteur attaché à sa terre, un chasseur, un collecteur et un collectionneur acharné, persévérant, parfois obstiné. Association des amis du Musée d’histoire naturelle de Friardel, 1980

Paysan et curieux de nature

Né à Paris le 31 octobre 1906, Roger Brun se passionne très tôt pour les sciences de la nature. Il poursuit ses études au collège de Flers, puis à l’École nationale d’agriculture de Rennes. Devenu ingénieur agronome, il s’établit en 1929 sur la ferme du Gros Chêne  à Friardel près d’Orbec.
« Je me fixai en 1929 à Friardel où, exploitant une ferme herbagère de 60 hectares, je me trouvais en permanence dans le milieu favorable aux observations. J’ai passé ma vie dans la nature et consacré tous mes instants de liberté et souvent amputé mon repos à l’étude de la faune, la flore, la paléontologie de notre région. » Extrait du discours de Roger Brun devant la Société linnéenne de Normandie, février 1952

Roger Brun, ingénieur agronome
Oeufs de choucas. Photo Rodolphe Murie
La ferme du Gros Chêne à Friardel
Collectionneur acharné

Pendant un demi-siècle, de 1922 à 1972, Roger Brun rassemble une collection unique qui démontre la richesse et la diversité du patrimoine naturel de la Normandie.
Dès qu’il peut se libérer des travaux de la ferme, Roger Brun se livre à sa passion : il naturalise les animaux, il prépare les végétaux, il dégage les fossiles qui sont minutieusement étiquetés, classés, localisés et datés. Dans le même temps, il rédige quantité de notes et d’observations. Il devient correspondant du Muséum d’histoire naturelle de Paris.

Le musée de Roger Brun

Les vitrines sont trop à l’étroit dans sa maison. Il  construit   alors  de   ses  mains  un bâtiment    résistant à l’incendie, qui devient le Musée d’histoire naturelle de Normandie où il expose l’ensemble de ses collections. Il ouvre son musée au public.
L’inspecteur général des musées d’histoire naturelle en visite le 31 janvier 1983 à Friardel écrit que Roger Brun aura probablement été l’un des derniers possesseurs d’un « cabinet d’histoire naturelle » dans la grande tradition des siècles derniers.    Un visiteur raconte      :      «    Dans son musée, il recevait le public en bretelles et béret, un grand béret qui revenait sur le côté. Il tenait à faire lui-même la visite dans le détail. » Chaque année avaient lieu de grandes rencontres naturalistes : les Journées de Friardel où l’on marchait, inventoriait, identifiait et partageait le « repas tiré des sacs »…

La ferme du Gros Chêne à Friardel
Genette capturée à Friardel. Photo Rodolphe Murie
Poursuivre l’oeuvre de Roger Brun

Roger Brun a naturalisé la dernière genette observée en Pays d’Auge. Autrefois, les anciens la rencontraient aux abords des fermes. Aujourd’hui elle a disparu. Mais il ne mentionne jamais le pic noir. Pourtant ce grand pic s’est progressivement installé depuis 1990. Roger Brun avait repéré une zone humide abritant des plantes rares. Elle fut la première réserve naturelle créée en Pays d’Auge à Canapville et porte son nom. Au petit matin du 1er avril 1980, Roger Brun meurt subitement et laisse ses volontés : « Ma volonté est de voir conserver le musée en l’état et y organiser des activités mettant en valeur le patrimoine scientifique de la Normandie. » Tout sera tenté pour maintenir sa précieuse et fragile collection à Friardel. Mais, après de longs débats juridiques, elle est confiée au Muséum d’histoire naturelle du Havre. Partout en Normandie, chaque jour, les naturalistes observent plantes, animaux, champignons afin de dresser un état de la biodiversité de notre région. Ils contribuent à enrichir la connaissance des milieux naturels et poursuivent ainsi l’oeuvre de Roger Brun.

Tampon du musée de Friardel
Grenouille verte
Lettre de Roger Brun 1975

Dièreville, de Pont-l’Evêque jusqu’en Acadie

Au XVIIe siècle, Dièreville, chirurgien à Pont-l’Évêque, s’embarque pour l’Acadie à la recherche de plantes pour le Jardin du roi. Mais qu’allait-il faire en Acadie ?
Dièreville est un inconnu en Normandie, tandis qu’il est réputé pour ses écrits en vers  et ses récits de voyage au Québec et dans le reste du Canada. Mais il reste toutefois un personnage énigmatique…

Selon le chercheur québécois Normand Doiron, professeur de littérature française de l’université McGill de Montréal, les Dières sont originaires d’Irlande et s’établissent à Pont-l’Évêque au XVIIe siècle. Vers 1648, le père Marin Dières, chirurgien des armées du roi, épouse Marie Goguet des Ardillers, fille du maire de La Rochelle. Ils ont quinze enfants, dont huit sont baptisés à Pont-l’Évêque.
Marin, du même prénom que son père, est baptisé le 24 juillet 1653. À propos de son prénom, il écrira :    « N’ayant pour tout que le nom de Marin, j’enviois le courage de tous ces matelots. »
À partir de 1682, le jeune Dières se fait connaître dans les milieux littéraires par des pièces en vers publiées dans la revue Mercure Galant, qu’il signe « Dières du Pontlesvesque ».

Chasseur de plantes en Acadie

Le 20 août 1699, à 46 ans, Dières embarque sur la Royale Paix au départ de La Rochelle pour Port-Royal (aujourd’hui Annapolis Royal) en Acadie. Dans son ouvrage, la Relation du voyage du Port-Royal de l’Acadie,  il précise le but de son voyage  qui est de collecter en Acadie des plantes médicinales pour le Jardin du roi :
« Mille plantes, diverses herbes,
Que la terre y produit sous les sapins superbes
Et que pour la santé des hommes, Dieu y créa,
Ne se trouve point dans nos terres,
Il faut aller les chercher là.
J’étais chargé du soin glorieux d’en cueillir
Pour le jardin royal du plus grand des monarques…»
Après une traversée de 54 jours, pénible voyage qu’il raconte avec d’infinis détails, il séjourne un an en Acadie :
« Notre Vaisseau sembloit voler,
À peine tenoit-on sur la table la soupe… »
Pour honorer sa mission, il rapporte au moins 25 plantes, confiées au botaniste Tournefort et toujours conservées au Muséum d’histoire naturelle à Paris.

Il ne semble pas rapporter de plantes médicinales. Dans son récit, il décrit comment soigner avec le petun, nom local du tabac et cite également la recette d’une bière de sapin : « La fabrication de la bière de sommités de sapin, dont on fait une décoction qu’on entonne dans une barrique, où il y a du levain et de la mélasse qui est une espèce de sirop de sucre. Tout cela fermente ensemble deux ou trois jours… »
À la lecture de son récit, on dirait qu’il rentre quasiment bredouille de ses explorations. Mais alors quelle était sa mission réelle en Acadie que les Anglais tentaient déjà d’annexer ?…
À son retour, le 20 novembre 1700, il reprend ses activités d’écriture et la médecine. Le 24 novembre 1701, il est reçu chirurgien à l’hôpital général de Pont-l’Évêque.
Son récit en vers et prose,  Relation du voyage du Port-Royal de l’Acadie, paru à Rouen en 1708,  est traduit et publié à Londres en 1714, puis en langue allemande en 1751.

Plante rapportée par Dierville (détail)
En hommage à Dièreville

Les botanistes lui dédient le genre Diervilla, un type de plantes découvert en Amérique du Nord. Le Diervilla lonicera ou herbe bleue est un petit arbuste à fleurs jaune pâle en forme de cloches soudées par deux à l’extrémité d’une longue tige. Il fleurit en juin.
Durant trente ans, on n’entend plus parler de Marin Dières en Normandie et il meurt à Pont-l’Évêque le 6 octobre 1738. Il tombe dans l’oubli en Pays d’Auge tandis qu’entre 1885 et 1997 plusieurs publications et éditions critiques paraissent à Québec, Toronto et Montréal.
À Caraquet, au musée de cire de l’Acadie, une scène montrait Dièreville dans sa cabine de bateau, en train de rédiger sa Relation du voyage du Port-Royal de l’Acadie. Cette exposition a été démontée et, aujourd’hui, il n’en subsiste qu’une trace sur Internet, où une image a pu être recueillie et restaurée par le photographe Rodolphe Murie.

Botanistes en Pays d’Auge

Cinq botanistes, cinq personnages aux cheminements singuliers, ont arpenté les chemins le long des vallons et des plateaux du Pays d’Auge jusqu’aux dunes du littoral pour y dresser l’inventaire des plantes.

Louis-Alphonse de Brébisson (1798 – 1872) est né à Falaise et a vécu au château de Carel. Il a parcouru les berges de la Dives et les environs de Saint-Pierre-sur-Dives. Ses nombreux relevés ont été publiés dans Flore de la Normandie dès 1836. La médiathèque André Malraux de Lisieux conserve dans ses réserves un Herbier prairial, collection d’échantillons desséchés des plantes propres à entrer dans la composition des prairies et des pâturages. Réalisé à  Falaise en 1838, chaque exemplaire original contenait plus de cent plantes séchées et le prix de souscription était de 12 francs.

Jean Victor Durand-Duquesney (1785 – 1862), originaire de Basseneville, a consacré 40 ans de sa vie à herboriser autour de Lisieux. En 1846, la Société d’émulation de Lisieux publie ses travaux sous le titre Coup d’œil sur la végétation des arrondissements de Lisieux et de Pont-l’Évêque, suivi d’un Catalogue raisonné des plantes vasculaires de cette contrée (Imprimerie J. J. Pigeon, Lisieux, 1846).

Il y décrit l’habitat naturel des plantes : « Les coteaux, où l’on ne voit presque pas de terres incultes, se composent de champs, de prés, de pâturages ; quelques bois couvrent leurs pentes les plus escarpées ; de fortes haies, la plupart ornées d’arbres de haute futaie, bordent les chemins ; de belles masses d’arbres vigoureux couvrent de leur ombre épaisse les nombreux ruisseaux et les ravins qui sillonnent la contrée, et y répandent une fraîcheur qui convient à plusieurs espèces végétales que l’on y voit en abondance et dans l’état le plus prospère, telles que Helleborus viridisPrimula elatior grandiflora Daphne laureola… » 

Dans ce catalogue figurent des plantes aujourd’hui disparues, tel le Muscari comosum rencontré à Berville et à Lieury dont ne subsistent que quelques exemplaires près de la Maison de la nature à Sallenelles.

Une femme,  Marie-Caroline Poplu publie à Pont-l’Évêque en 1873 une Flore des rives de la Touques et des falaises de Trouville (Imprimerie C. Delahais). En une centaine de pages, elle brosse le portrait des familles de plantes communes ou rares qu’elle a collectées, parfois avec l’aide de son mari, de sa fille et de quelques amis. Les exemplaires de cette flore sont rares  et la seule copie qui a pu être consultée est détenue actuellement par la bibliothèque universitaire de Marseille. De même, sa biographie reste incertaine. Des membres de la Société historique de Lisieux s’emploient à identifier cette botaniste avec certitude.

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Arthème Pannier (1817 – 1882) journaliste et archéologue, est né à Lisieux. Au fil de plus d’une centaine de petits carnets, il établit le relevé des monuments qu’il visite  lors de ses balades et, en marge, dresse une liste des plantes qu’il rencontre. Les carnets sont conservés à la Société historique de Lisieux. Ils ont été référencés et sont en cours de numérisation.

Roger Brun (1906 – 1980), ingénieur agronome, s’installe à Friardel  près d’Orbec en 1929. Depuis la ferme du Gros Chêne, il parcourt la Normandie pour traquer la faune sauvage. Il collecte aussi toutes les plantes qu’il rencontre  et les met en herbier. Ses planches sont aujourd’hui conservées dans les réserves du muséum d’histoire naturelle du Havre.

La liste des botanistes  ayant contribué à mesurer la diversité de la flore du Pays d’Auge s’étoffera  encore au fil des recherches. Il faudrait  aussi y associer les instituteurs qui ont réalisé avec leurs élèves des monographies communales à la fin du XIXe siècle. Ils ont parfois consacré plusieurs pages à dresser des inventaires botaniques.

Victor Leroy, chasseur de plantes

« C’est vous qui êtes le père du Quercus ferrugina, le Black Jack, si remarquable par son singulier feuillage : le bois de Boulogne est le seul endroit où il existe en Europe… » (Lettre de Michaux adressée à Michel-Victor Leroy le 16 février 1832)

Au début de ce XIXe siècle, le botaniste François-André Michaux ne tarit pas d’éloges à propos des découvertes de Michel-Victor Leroy. À plusieurs reprises, au fil de sa correspondance, il lui assure la reconnaissance du monde scientifique : Leroy a introduit en Europe quantité d’arbres et d’arbustes à ce jour inconnus…

Un parcours singulier…

Michel-Victor Leroy est né à Lisieux le 7 octobre 1754. Il étudie au collège de Lisieux. Vers 1775 ou 1778, il embarque au Havre avec son frère Pierre-Nicolas pour l’île de Saint-Domingue (Haïti) dont on vante la merveilleuse fertilité.

Quelques années plus tard, les frères Leroy ont réussi : ils possèdent une vaste propriété, située sur la côte septentrionale du golfe des Gonaïves. Leur plantation a si bien prospéré qu’ils y ont ajouté une distillerie pour la fabrication du rhum.

L’entreprise est en pleine prospérité, lorsqu’en 1791 éclate la révolte des esclaves à Saint-Domingue, en contrecoup de la Révolution française et qui s’achèvera par la perte de la colonie. Les esclaves incendient les habitations de leurs maîtres, ravagent les plantations. Ils massacrent le plus jeune des frères sous les yeux de l’aîné.

M.-V. Leroy est sauvé de justesse. Il se réfugie à Boston où il enseigne les langues, puis il s’installe à Baltimore.

En 1800, il rencontre le botaniste François-André Michaux qui l’initie à la recherche d’arbres américains.

Marronnier à fleur rouge

Il achète alors une propriété à Baltimore où il se livre à la botanique, à l’horticulture, n’interrompant ses cultures que pour parcourir les forêts du Tennessee, les bords des lacs Érié et Ontario, les monts Alleghanys d’où il rapporte graines, plantes, arbustes qu’il expédie ensuite à François-André Michaux qui, à son tour, les confie à différents jardins et botanistes à travers la France et l’Europe..

Aux archives du séminaire St. Mary est conservée la trace de sa demeure au coin du quartier Barre & Shaye Street. Il y crée une pépinière pour acclimater les nombreux arbres et arbustes recueillis au cours de ses explorations dans les forêts…

Revenu à Lisieux

En 1831, François-André Michaux écrit : « J’ai surtout à cœur de vous prouver que vous ne pouvez pas vous fixer à Lisieux. C’est à Paris seul que votre temps sera employé à coopérer aux travaux de la Société Royale d’Agriculture. Je vous présenterai, vous serez admis partout… »

Mais Michel-Victor Leroy, malade, revient vivre à Lisieux chez sa cousine Mme Leroy-Desclozages. Sa santé se rétablit et il va donner ses conseils à Jules Oudin dans son établissement horticole du boulevard Sainte-Anne.

Michel-Victor Leroy meurt le 7 juillet 1842, au 33 rue Petite Couture à Lisieux…

Les arbres introduits

De Baltimore, Michel-Victor Leroy  envoie à Paris des caisses d’arbres enracinés : le pommier à odeur, le marronnier rouge, le noyer d’Amérique, une longue liste que l’on peut consulter sur le site de la bibliothèque numérique de Lisieux…

Les connaissances que nous avons aujourd’hui sur les introductions d’arbres en Europe permettent d’affirmer avec certitude que Michel-Victor Leroy a contribué à introduire et acclimater trois espèces : le marronnier rouge, le noyer noir d’Amérique, hybridé ensuite pour produire le noyer regia, et l’oranger des Osages.

En effet, au sud des États-Unis, il découvre le Maclura pomifera avec lequel les indiens Osages fabriquent leurs arcs. En 1823,  il en envoie cinq sujets en France. L’oranger des Osages ressemble à un oranger par son feuillage vert sombre et luisant. Les fruits sont comparables à des oranges non comestibles. D’abord pressenti pour nourrir les vers à soie, le projet sera abandonné et le Maclura deviendra un arbre ornemental. Matthieu Bonafous l’affirme en 1835 : « L’oranger des Osages a été introduit par Michel-Victor Leroy en Europe. »

Oranger des Osages, Grandmesnil

Le marronnier rouge, plus petit que le commun à fleurs blanches, est remis par Michaux au Jardin des plantes de Paris en 1812. Issu de ce premier pied,  un  premier cultivar sera obtenu par les pépinières Trianon à Versailles en 1858 : le marronnier rouge ′Briotii′, d’un rouge plus vif.

Dans les caisses qu’il expédie, certains arbres avaient déjà été introduits auparavant. Ainsi le chêne phellos ou « chêne à feuilles de saule » a été introduit en 1723 par le marquis de la Glaçonnière, un siècle avant les envois de M.-V. Leroy. On pourrait lui attribuer cependant certaines réintroductions comme le chêne tinctorial, l’orme rouge, l’orme de l’Hudson, le pommier à odeur. Il est quasiment certain que la plante Jeffersonia est due à M.-V.  Leroy, mais nous ne sommes pas en mesure d’en apporter la preuve. Peut-être des recherches et des découvertes nouvelles nous permettront d’affiner cette connaissance.

Un rond-point Michel-Victor Leroy

La ville de Lisieux a voulu honorer la mémoire et l’œuvre de ce savant méconnu. À la lumière de ces recherches qui confirment que Michel-Victor Leroy est bien l’introducteur de trois essences d’arbres en Europe, les élus ont choisi de donner son nom à l’arboretum situé rue Roger Aini, d’y planter les arbres introduits. Enfin, le rond-point nouvellement aménagé au-dessus de l’hôpital, rue Roger Aini, tout près de l’arboretum, est dédié à Michel-Victor Leroy…

Marronnier rouge, le Mesnil-Bacley