Archives pour la catégorie Animaux

Chêne et gland

Les chênes produisent des glands dont on se servait pour nourrir les bêtes. Mais, attention, ils peuvent aussi être dangereux… 

Le Quesnay

Le Quesnay, Rouvres,  le Chêne au loup  et le  Chêne à la Vierge  à Marolles : autant de noms de paroisses ou de lieux-dits qui montrent l’importance et l’implantation de cet arbre en Pays d’Auge.

Paniers en feuille de chêne

Son bois est toujours recherché pour les fabrications les plus nobles : les meubles, les parquets. Lors des enquêtes menées sur l’histoire des arbres et de leurs petits usages, les anciens ont aussi révélé : « On fabriquait les paniers à pommes avec la feuille de chêne. On prélevait de jeunes tiges sur des souches de chênes. Les brins étaient ensuite fendus et tressés. » Sainte-Marguerite-de-Viette

 « L’hiver, on donnait des glands à manger aux lapins mais on prenait soin d’enlever la petite pointe au bout du gland. »  Grandmesnil

« Pendant la guerre, on a fait du café avec des glands grillés, mais ça donne un café amer. »

« Quand les veaux avaient la diarrhée, on allait chercher de l’écorce de chêne que l’on faisait chauffer dans le lait » ou bien « on faisait une tisane de tan de chêne que l’on donnait aux veaux qui avaient la diarrhée ». Saint-Georges-en-Auge

« A la fin de l’année,

« A la fin de l’année, le maître nous faisait cirer les tables d’école avec de la pomme de chêne. » Lisieux La « pomme de chêne » n’est pas un fruit mais la galle provoquée par la ponte d’une petite guêpe, le cynips, dans un rameau de chêne.

Le gland rouge

Mais ce fruit  peut être dangereux : en 2013, des chevaux et des bovins se sont intoxiqués pour en avoir trop mangé sous les haies. Les anciens racontent que le moment où il est le plus toxique, c’est au début du printemps « quand le gland est rouge »…

Un éleveur a perdu cinq bœufs qui avaient mangé des glands. L’autopsie du vétérinaire a indiqué que leurs intestins étaient complètement durcis par le tanin.

Roger Brun : paysan naturaliste normand

Collectionneur passionné, têtu et méticuleux, Roger Brun a exploré toute la faune de Normandie, surtout à Friardel, sa terre d’adoption.

Il a rassemblé une collection exceptionnelle allant du plus petit insecte au plus grand des mammifères.
Personnalité très forte et très riche, Roger Brun fut tout à la fois un grand naturaliste, un homme au franc-parler exemplaire, le fondateur de la libre pensée du Calvados, un agriculteur attaché à sa terre, un chasseur, un collecteur et un collectionneur acharné, persévérant, parfois obstiné. Association des amis du Musée d’histoire naturelle de Friardel, 1980

Paysan et curieux de nature

Né à Paris le 31 octobre 1906, Roger Brun se passionne très tôt pour les sciences de la nature. Il poursuit ses études au collège de Flers, puis à l’Ecole nationale d’agriculture de Rennes. Devenu ingénieur agronome, il s’établit en 1929 sur la ferme du Gros Chêne, à Friardel près d’Orbec.
« Je me fixai en 1929 à Friardel où, exploitant une ferme herbagère de 60 hectares, je me trouvais en permanence dans le milieu favorable aux observations. J’ai passé ma vie dans la nature et consacré tous mes instants de liberté et souvent amputé mon repos à l’étude de la faune, la flore, la paléontologie de notre région.  »  Extrait du discours de Roger Brun devant la Société linnéenne de Normandie, février 1952.

Roger Brun, ingénieur agronome
Oeufs de choucas. Photo Rodolphe Murie
La ferme du Gros Chêne à Friardel
Collectionneur acharné

Pendant un demi-siècle, de 1922 à 1972, Roger Brun rassemble une collection unique qui démontre la richesse et la diversité du patrimoine naturel de la Normandie.
Dès qu’il peut se libérer des travaux de la ferme, Roger Brun se livre à sa passion : il naturalise les animaux, il prépare les végétaux, il dégage les fossiles qui sont minutieusement étiquetés, classés, localisés et datés. Dans le même temps, il rédige quantité de notes et d’observations. Il devient correspondant du Muséum d’histoire naturelle de Paris.

Le musée de Roger Brun

Les vitrines sont trop à l’étroit dans sa maison. Il construit alors de ses mains un bâtiment résistant à l’incendie, qui devient le Musée d’histoire naturelle de Normandie où il expose l’ensemble de ses collections. Il ouvre son musée au public.
L’inspecteur général des musées d’histoire naturelle en visite le 31 janvier 1983 à Friardel écrit que Roger Brun aura probablement été l’un des derniers possesseurs d’un ‘cabinet d’histoire naturelle’ dans la grande tradition des siècles derniers. Un visiteur raconte : «  Dans son musée, il recevait le public en bretelles et béret, un grand béret qui revenait sur le côté. Il tenait à faire lui-même la visite dans le détail. » Chaque année avaient lieu de grandes rencontres naturalistes : les ‘journées de Friardel’ où l’on marchait, inventoriait, identifiait et partageait le « repas tiré des sacs »…

La ferme du Gros Chêne à Friardel
Genette capturée à Friardel. Photo Rodolphe Murie
Poursuivre l’oeuvre de Roger Brun

Roger Brun a naturalisé la dernière genette observée en Pays d’Auge. Autrefois, les anciens la rencontraient aux abords des fermes. Aujourd’hui, elle a disparu. Mais il ne mentionne jamais le pic noir. Pourtant ce grand pic s’est progressivement installé depuis 1990. Roger Brun avait repéré une zone humide abritant des plantes rares. Elle fut la première réserve naturelle créée en Pays d’Auge à Canapville et porte son nom. Au petit matin du 1er avril 1980, Roger Brun meurt subitement et laisse ses volontés : « Ma volonté est de voir conserver le musée en l’état et y organiser des activités mettant en valeur le patrimoine scientifique de la Normandie. » Tout sera tenté pour maintenir sa précieuse et fragile collection à Friardel. Mais, après de longs débats juridiques, elle est confiée au Muséum d’histoire naturelle du Havre. Partout en Normandie, chaque jour, les naturalistes observent plantes, animaux, champignons afin de dresser un état de la biodiversité de notre région. Ils contribuent à enrichir la connaissance des milieux naturels et poursuivent ainsi l’oeuvre de Roger Brun.

Tampon du musée de Friardel
Grenouille verte
Lettre de Roger Brun 1975

Animaux et végétaux font la météo

Quand le champignon pleure, quand les chats font les fous, quand les hirondelles volent bas… Autant de signes qui permettaient aux anciens de se préparer aux changements de temps.

Observer les oiseaux

« Le cri du « pleu-pleu » annonce la pluie. » « Pleu-pleu » est le nom donné au pic-vert par les anciens. « Quand les hirondelles volent bas, c’est signe d’eau. » En effet, quand le temps est lourd, les insectes volent bas. Les hirondelles sont obligées de voler au ras du sol pour les attraper. « Quand il commence à pleuvoir, si les poules restent au milieu de la cour, il va pleuvoir longtemps. Si elles s’abritent, l’averse sera courte. »

le pic
« Les vaches sentent l’orage »

« Quand les vaches courent la queue en l’air, c’est signe de coup de vent ou d’orage. »

Habituellement, les vaches pâturent paisiblement ou sont couchées en train de ruminer.

« Quand les chats font les fous, c’est signe d’eau. »

« Si le chat se passe la patte par-dessus l’oreille, c’est qu’il va pleuvoir. » En effet, les tendons des chats se détendent quand l’air est humide. Ils peuvent donc se passer la patte par-dessus l’oreille.

Des feuilles pour prévoir le temps

« Si les feuilles de hêtre ramassées à la Toussaint et disposées dans une assiette deviennent sèches et craquantes,  l’hiver sera  doux. Si les feuilles sont  humides et molles, l’hiver sera dur. »

« Par temps clair et ciel bleu, si les feuilles de peuplier se mettent à tourbillonner sur elles-mêmes, un orage se prépare dans l’heure. »

« Quand le frêne devance le chêne, année sous la pluie. »