Archives pour la catégorie Plantes sauvages

Herbe aux vers et herbe aux puces

En Pays d’Auge, dans les poulaillers ou dans la niche du chien, on faisait une litière de tanaisie pour chasser les tiques et les puces.

L’herbe aux puces

Ce qu’on appelle « herbe aux puces » est en fait la pulicaire (Pulicaria dysenterica),  une  plante des marais, des prairies humides  et des fossés que les anciens utilisaient pour chasser les puces. Cet usage en est, semble-t-il, oublié. Par contre, la tanaisie est toujours utilisée à cet effet.

Herbe aux puces
L’herbe aux vers

La tanaisie vulgaire (Tanacetum vulgare) pousse dans les friches, sur les talus secs. Elle a été cultivée dans de nombreux jardins du Pays d’Auge pour que l’on puisse s’en servir en cas de besoin. Elle servait à éloigner les puces et les tiques des animaux. Les feuilles, très découpées, sont fortement parfumées. Les fleurs jaunes  s’épanouissent à la fin de l’été. On la mettait dans la niche des chiens, dans les poulaillers, sous le joug où se perchent les poules. Elle était aussi suspendue en bouquets dans les étables pour le même usage.

Tanaisie

La tanaisie est aussi appelée « herbe aux vers ».  « On posait des feuilles de l’herbe aux vers sur le ventre des enfants pour les faire descendre », racontent les anciens.  Pour les adultes, on préparait un vin appelé « chartreuse ». Des feuilles de  tanaisie étaient mises à macérer dans du vin blanc.

La tanaisie en cuisine

La tanaisie sert aussi parfois en cuisine. À Lisieux, une famille préparait la pâte à crêpes de la Chandeleur en la « parfumant » avec une jeune pousse de tanaisie crispée, cultivée au jardin. La tanaisie était finement coupée et mêlée à la pâte. La tanaisie crispée est une espèce ornementale peu commune, à la mode au XIXe siècle. Elle est conservée dans quelques jardins comme à Lisieux et à Grandmesnil.

Un ancien de Saint-Michel-de-Livet, près de Livarot, raconte cette pratique : « Après les foins, on allait ramasser des moules au bord de la mer. Pour les parfumer, à la cuisson, on mettait un brin de tanaisie. »

L’herbe à savon

Certaines grands-mères  savent encore reconnaître au bord des chemins les herbes pour savonner, rincer, raviver les couleurs ou parfumer le linge.

Dans les périodes de disette, quand le savon vient à manquer, les femmes se rendent au bord des ruisseaux ou au pied de quelques talus secs pour y cueillir  l’ « herbe à savon »La saponaire officinale (Saponaria officinalis) est une plante vivace, traçante, qui fleurit en août et septembre. Toutes les parties de la plante et surtout la racine moussent lorsqu’elles sont froissées dans l’eau.

Au Moyen-âge, elle est utilisée pour dégraisser la laine des moutons et est appelée « herbe à foulon ». Elle a également servi  à nettoyer les plaies des lépreux, les dartres, la gale et l’eczéma.
La saponaire officinale est devenue une plante ornementale dans les jardins. La variété à fleurs doubles ‘Plena’ est réputée pour sa floraison tardive en septembre.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a remplacé le savon manquant : « Je me souviens que ma grand-mère me lavait le visage avec la fleur. Ça sentait bon» 

Pour rincer : iris et grande aunée
Dans un fossé à Grandmesnil (14)

« Le jour de la lessive, on n’arrose jamais les jardins, de crainte qu’il ne pleuve, raconte Bernadette. On faisait deux grandes lessives par an pour laver tout le linge blanc.  Il était déposé dans un cuveau. Sur le dessus, on place une étamine pleine de cendre de bois de pommier et de feuilles de laurier sauce. Avec le pucheux, on passe de l’eau bouillante que l’on recueille en bas du cuveau, que l’on réchauffe et repasse sur le linge. »

Au rinçage,  on utilise de la racine d’iris des marais (Iris pseudacorus) ou d’iris des jardins pour redonner toute sa fraîcheur au linge. Dans quelques familles, on va arracher de la racine d’aunée à grandes feuilles (Inula helenium) plante sauvage naturalisée sur les talus et quelques fossés du Pays d’Auge et du littoral ouest du Cotentin. À cet usage elle fut cultivée dans les jardins. Sa racine dégage une agréable odeur de violette.

Le lierre ravive le noir

Le noir était porté très jeune dans les familles. Au début du XXe  siècle,  la mariée est parfois vêtue  de noir. Dès le premier deuil dans la famille, les vêtements sont teints par la ménagère ou confiés à la teinturerie. Mais cette couleur passe exposée à la lumière. Pour lui redonner sa brillance, les femmes mettent à tremper les vêtements de deuil avec des feuilles de lierre (Hedera helix).

Le muguet des armoires

Quand la lessive a séché, étendue sur des cordeaux entre les pommiers dans la cour de la maison, le linge est soigneusement rangé dans les armoires. Pour lui conserver toute sa fraîcheur, on glisse entre les piles de draps de petits bouquets de « muguet des armoires » ou aspérule odorante (Asperula odorata). Cueillie dans les bois de hêtres, c’est une petite fleur blanche discrète et sans odeur. C’est seulement lorsqu’on la coupe qu’elle dégage un agréable parfum d’amande. Le botaniste Louis-Alphonse de Brébisson signale son usage et son nom de « muguet des armoires » dans sa Flore de la Normandie publiée en 1836.
Les fleurs de lavande cueillies à la fin de l’été, emballées dans de petits sachets de papier de soie, sont glissées entre les piles de draps de lin ou de coton.

Les  garde-robes

L’aurone (Artemisia abrotanum) est cultivée depuis le Moyen-âge comme plante médicinale. C’est une armoise au feuillage finement découpé,  utilisée pour stimuler la digestion et comme vermifuge.

Dans les armoires, on suspend un rameau d’aurone pour  parfumer le linge et en éloigner les insectes.

La santoline (Santolina chamaecyparissus) est utilisée pour ses propriétés identiques : dans les armoires, elle sert de « garde-robe » en éloignant les mites. Le terme de « garde-robe » est      attesté par Louis Du Bois dans son Glossaire du patois normand  (Lisieux, 1856).

Arum et colchique

Les enfants, on leur disait : « Cueillez des coucous et c’est tout ! ». On leur interdisait de cueillir les fruits rouges ou noirs sur le bord des talus. « C’est tentant : ça ressemble à de petits bonbons rouges… »

Renée se souvient d’une histoire de son enfance : « C’est comme un épi de maïs ; c’est rouge. On avait une petite voisine tout près à Moyaux.  Soi-disant qu’elle a mangé ça. Elle est décédée. Elle était d’une famille de onze enfants. Elle avait deux ou trois ans. C’est tentant :  ça ressemble à de petits bonbons rouges… »

 

'Faux arum', Arum maculatum, photo Rodolphe Murie

 

Une tombe près de l’if dans le cimetière : « À notre chère Juliette, enlevée à notre affection le 3 septembre 1922 dans sa neuvième année. » Juliette avait consommé les baies d’un arum sauvage… « C’est la sœur à Thérèse. Elle a mangé des boules dans le pied de la haie… » Montviette

« Ça fait comme une chandelle au milieu de la fleur… » Mittois

À Ticheville, comme ailleurs, la même mise en garde :  « Le ″faux arum″ qui fait une tige au milieu avec des graines, ça a toujours été dit que c’était mortel… »

Aujourd’hui, on ne signale plus de bêtes mortes d’avoir mangé des colchiques, car depuis le couchage en herbe, à la fin du XIXe siècle, les éleveurs n’ont eu de cesse de se débarrasser des colchiques qui poussaient dans les prairies fraîches.
« ″La″ colchique, c’est poison dans les herbages. » Camembert
Au Breuil-en-Auge, Geneviève raconte  : « Celui qui en a dans ses champs, c’est terrible ! Les fleurs, c’est comme les tulipes : ça se propage par les oignons.  Le pire, c’est dans les prés à faucher. Quand on fauchait, c’était en foin et on ne les voyait plus. »
« Les colchiques, on les déracinait. Quand c’est sec, c’est là que c’est dangereux… » Roland à Écorches
Marguerite de Escures-sur-Favières  explique :  « Les gens ramassaient des colchiques ″sèches″ dans le foin. Et les bêtes crevaient l’hiver suivant. »
« ″La″ colchique, dès qu’on en voyait, on s’empressait de l’arracher ». Montviette
« Des colchiques, on en avait dans un petit pré qui appartenait à un nommé Averty. Ça pousse à l’arrière-saison. On mettait les bêtes dans le pré avant qu’il se mette en fleur », précise Louise de Saint-Martin-du-Mesnil-Oury

 

 Colchique, Colchicum autumnale

Drôle de millepertuis

Rencontre singulière avec un millepertuis, l’androsème, qui pousse dans les bois et les endroits frais de Normandie…

Les  millepertuis  sauvages de nos talus sont des plantes singulières : les feuilles de la plupart des           espèces contiennent de l’huile essentielle sous forme de gouttelettes emprisonnées dans l’épaisseur      de la feuille. On les observe par transparence à la lumière du soleil, d’où ce nom de « mille pertuis »  ou    « herbe aux mille trous ».

Autrefois, durant l’été,  on cueillait leurs tiges et les feuilles. Elles étaient mises à macérer dans  de l’huile. Le bocal était exposé à la lumière du soleil. L’huile prend alors une teinte rouge sombre. Elle     servait à soigner les brûlures et les petites coupures.

Une plante dans le missel

Près de Falaise, chaque  été,  une grand-mère emmenait  sa petite fille Jacqueline cueillir une espèce de millepertuis qu’elle ne trouvait qu’en un lieu, près d’un bois un peu frais. Elle avait expliqué à sa petite-fille  qu’elle venait chercher là chaque année cette plante dont elle ignorait le nom mais qui lui servait  à « parfumer son missel ».  Un jour, Jacqueline nous a apporté la plante au Jardin Conservatoire. Nous avons alors reconnu l’androsème (Hypericum androsaemum), une plante de sous-bois  surtout présente en Cotentin, dans le Bocage, le long de la Touques et  dans la forêt de Montpinçon.
Ce que Jacqueline ignorait et que ne lui avait pas dit sa grand-mère, c’est que l’androsème était utilisé par les anciens comme « chasse-diable »…

Vignons ou ajoncs

Au sommet des plateaux du Pays d’Auge, en lisière des bois et le long des dunes du littoral, pousse l’ajonc d’Europe… 

Solide arbuste aux épines redoutables, l’ajonc (Ulex europaeus)  est communément appelé « vignon » en Pays d’Auge. Les défrichements de la fin du XIXe siècle pour augmenter les surfaces herbagères destinées à la production laitière  ont repoussé cet arbuste aux confins des bois. Toutefois, celui-ci ne cherche qu’à repousser vigoureusement. Seuls le pâturage et le travail de fauche l’empêchent de reconquérir l’espace.
En 1828, le botaniste Louis-Alphonse de Brébisson avait observé des cultures d’ajoncs appelées  « vignonnières » autour de Falaise. Elles servaient de combustible pour les fours à chaux.

Le botaniste normand Auguste Chevalier dans la Revue de botanique appliquée et d’agriculture coloniale en 1941 émet l’hypothèse que « même en France, il n’est pas certain qu’elle soit spontanée dans les stations où elle est pourtant abondante ». Il suppose qu’elle aurait été introduite et cultivée comme plante fourragère. (voir « Les Ulex comme engrais verts et plantes fourragères »)

Les botanistes contemporains normands, comme Michel Provost, ne retiennent cependant pas cette hypothèse.

De solides épines
À la crèche et dans le torchis

Autre usage inattendu : à Montviette, au XVIIIe siècle, au lieu-dit l’Orée,  on a mêlé des  brins d’ajoncs et de callune à l’argile pour rendre plus solide le torchis d’une maison en pan de bois.

Madeleine raconte que dans la ferme de son père « pendant l’hiver quand il n’y avait plus rien à manger, on écrasait des tiges de vignons pour les donner aux lapins ».

Quand il n'y avait plus rien
Comme une haie morte

Liliane se souvient que son père allait à la lisière des bois du Billot chercher des vignons. « On les coupait à la faux et  on les redescendait avec les chevaux et le chartis. On plantait des piquets tous les deux ou trois mètres et de chaque côté. On bourrait les branchages entre les piquets et on serrait avec un appareil à vis et à manivelle. Et on serrait avec du fil de fer.  C’était pour clore des herbages où il y avait des trous : ça faisait comme une haie morte. »

Et Denise parle de cette autre coutume à Sainte-Marguerite-des-Loges : « On allait cueillir de l’ajonc en fleur pour mettre dans la crèche. On enfilait une vieille chaussette pour se protéger la main. »

Auguste Chevalier, né le 23 juin 1873 à Domfront et mort à Paris le 4 juin 1956, a dirigé la Revue de botanique appliquée de 1921 à 1953.

Botanistes en Pays d’Auge

Cinq botanistes, cinq personnages aux cheminements singuliers, ont arpenté les chemins le long des vallons et des plateaux du Pays d’Auge jusqu’aux dunes du littoral pour y dresser l’inventaire des plantes.

Louis-Alphonse de Brébisson (1798 – 1872) est né à Falaise et a vécu au château de Carel. Il a parcouru les berges de la Dives et les environs de Saint-Pierre-sur-Dives. Ses nombreux relevés ont été publiés dans Flore de la Normandie dès 1836. La médiathèque André Malraux de Lisieux conserve dans ses réserves un Herbier prairial, collection d’échantillons desséchés des plantes propres à entrer dans la composition des prairies et des pâturages. Réalisé à  Falaise en 1838, chaque exemplaire original contenait plus de cent plantes séchées et le prix de souscription était de 12 francs.

Jean Victor Durand-Duquesney (1785 – 1862), originaire de Basseneville, a consacré 40 ans de sa vie à herboriser autour de Lisieux. En 1846, la Société d’émulation de Lisieux publie ses travaux sous le titre Coup d’œil sur la végétation des arrondissements de Lisieux et de Pont-l’Évêque, suivi d’un Catalogue raisonné des plantes vasculaires de cette contrée (Imprimerie J. J. Pigeon, Lisieux, 1846).

Il y décrit l’habitat naturel des plantes : « Les coteaux, où l’on ne voit presque pas de terres incultes, se composent de champs, de prés, de pâturages ; quelques bois couvrent leurs pentes les plus escarpées ; de fortes haies, la plupart ornées d’arbres de haute futaie, bordent les chemins ; de belles masses d’arbres vigoureux couvrent de leur ombre épaisse les nombreux ruisseaux et les ravins qui sillonnent la contrée, et y répandent une fraîcheur qui convient à plusieurs espèces végétales que l’on y voit en abondance et dans l’état le plus prospère, telles que Helleborus viridisPrimula elatior grandiflora Daphne laureola… » 

Dans ce catalogue figurent des plantes aujourd’hui disparues, tel le Muscari comosum rencontré à Berville et à Lieury dont ne subsistent que quelques exemplaires près de la Maison de la nature à Sallenelles.

Une femme,  Marie-Caroline Poplu publie à Pont-l’Évêque en 1873 une Flore des rives de la Touques et des falaises de Trouville (Imprimerie C. Delahais). En une centaine de pages, elle brosse le portrait des familles de plantes communes ou rares qu’elle a collectées, parfois avec l’aide de son mari, de sa fille et de quelques amis. Les exemplaires de cette flore sont rares  et la seule copie qui a pu être consultée est détenue actuellement par la bibliothèque universitaire de Marseille. De même, sa biographie reste incertaine. Des membres de la Société historique de Lisieux s’emploient à identifier cette botaniste avec certitude.

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Arthème Pannier (1817 – 1882) journaliste et archéologue, est né à Lisieux. Au fil de plus d’une centaine de petits carnets, il établit le relevé des monuments qu’il visite  lors de ses balades et, en marge, dresse une liste des plantes qu’il rencontre. Les carnets sont conservés à la Société historique de Lisieux. Ils ont été référencés et sont en cours de numérisation.

Roger Brun (1906 – 1980), ingénieur agronome, s’installe à Friardel  près d’Orbec en 1929. Depuis la ferme du Gros Chêne, il parcourt la Normandie pour traquer la faune sauvage. Il collecte aussi toutes les plantes qu’il rencontre  et les met en herbier. Ses planches sont aujourd’hui conservées dans les réserves du muséum d’histoire naturelle du Havre.

La liste des botanistes  ayant contribué à mesurer la diversité de la flore du Pays d’Auge s’étoffera  encore au fil des recherches. Il faudrait  aussi y associer les instituteurs qui ont réalisé avec leurs élèves des monographies communales à la fin du XIXe siècle. Ils ont parfois consacré plusieurs pages à dresser des inventaires botaniques.

Des plantes poison

Au jardin ou dans la haie, au milieu des plantes les plus communes se glissent parfois un arbuste ou une fleur loin d’être innocents…

Certaines plantes  peuvent être redoutables !  Et le meilleur moyen de se prémunir des accidents est de bien connaître les plantes et leurs dangers. Les anciens racontent l’usage  « malheureux de plantes toxiques »…

Dans les parterres de fleurs autour de la maison, le muguet, dont on attend la floraison pour le premier jour de mai, est malheureusement un poison redoutable. Plusieurs accidents ont été recensés en Basse-Normandie. La fleur, la tige et surtout les fruits sont toxiques.

Photo Rodolphe Murie

Dans la haie, le fusain d’Europe a des fruits rose intense dont la forme étrange lui a valu le nom de « bonnet d’évêque » : ce fruit contient une amande blanche à la peau orange vif. Cette graine aux couleurs si attirantes à l’automne est toxique.

« La ciguë ressemble à du persil. Tu l’écrases avec les doigts et ça ne sent pas le persil !… » Au Breuil-en-Auge, Geneviève avoue : « J’ai honte ; je la confondrais avec de la carotte sauvage. »

Moins commune et moins connue, la rue était cultivée dans les jardins comme plante contraceptive à l’époque où la médecine ne proposait pas de substance. Son usage en était dangereux, car les femmes ignoraient le dosage qui convenait.

Le prunellier, l’épine noire ou le « bois de guerre » comme l’appellent les anciens, est  un arbuste commun dans les haies du Pays d’Auge. Madeleine explique : « Si tu te piques avec une épine noire, ça s’envenime comme si le bois était infecté. » Et Roger ajoute : « La piqûre d’épine, surtout quand elle est en sève, il y a rien de pire… » Des témoignages plus récents montrent que certains y ont perdu l’usage d’un doigt. Près d’Orbec, Pierre se souvient qu’on raconte dans sa famille qu’une grand-tante a perdu la vie après s’être piquée sur une épine noire.

Photo Rodolphe Murie
Les enfants, il faut leur faire peur…

Sur les talus, le sceau-de-Salomon, le « faux-muguet », finit de fleurir avant de présenter des fruits noirs, très toxiques. « Les enfants, il faut leur apprendre ; il faut leur faire peur. » Une grand-mère raisonnable disait : « Aux enfants, on leur disait : « Cueillez des coucous si vous voulez, et c’est tout. » »

À lire dans « Plantes mortelles, Natures mortes » (Rodolphe Murie et Christiane Dorléans, Cahiers du Temps, 2013).

Plantes de la jonchée

Dans toute la Normandie, les fêtes religieuses du mois de juin ont laissé le souvenir de processions, d’ornements et de jonchées incomparables…

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En juin, à l’occasion de la Fête-Dieu, les paroisses du Pays d’Auge organisaient de longues processions où les plantes occupaient le centre de la cérémonie. À l’entrée des fermes, dans les bourgs, se dressaient les reposoirs, sortes de petits autels devant lequel le prêtre s’arrêtait pour prier et chanter. Les chemins et l’église étaient jonchés de fleurs et de feuillages. Le matin de la fête, la pave (ou iris des marais) était coupée au bord des fossés. D’autres paroissiens allaient ramasser la laîche  sur les mares des fermes fromagères. Ces roseaux  servaient à confectionner, dans le chœur de l’église, une rosace parsemée de pétales de roses…

Une épicière de Saint-Pierre-de-Mailloc se souvient que « les hommes apportaient une ″charretée″ de roseaux pour  la procession ». 

Laîche, Typha latifolia
Laîche, Typha latifolia
Pave ou iris des marais

« À la fête du Saint-Sacrement, toute la route était fleurie. Devant chaque autel, un soleil de laîche était étalé avec en son centre des pivoines rouges », raconte André de Montviette. Et il ajoute : « C’était la corvée du sacristain, car c’était lui qui devait nettoyer après la procession. »

L’iris des marais était le roseau le plus utilisé. Il est appelé parfois la « pave ». Selon le linguiste Dominique Fournier, on trouve  le nom de « pave » appliqué à des prés humides comme le Pré paveux à Putot-en-Auge.

À Ammeville, il existe encore un chemin de la Procession…

1953, Asnières 27, Reposoir
L’origine de la jonchée

Le terme de « jonchée » dérive de jonc, plante des prairies humides et des marais.

Dans Le livre des simples médecines de Matthaeus Platearius au XIIe siècle (sorte de dictionnaire de médecine à l’usage des apothicaires), on trouve une description de l’usage de l’iris des marais :   « Acore, iris ou glaïeul des marais : étalées sur le sol d’une pièce, les feuilles d’acore rafraîchissent merveilleusement l’air. Si on attache des feuilles d’acore aux ruches, les abeilles ne s’enfuiront  pas mais se multiplieront et en attireront d’autres. »

La ronce des haies

La ronce est regardée comme une peste.  Avec l’ortie et la « doche » les jardiniers  et les paysans n’ont de cesse de vouloir s’en débarrasser. Pourtant elle avait autrefois quantité d’usages…

Les anciens prédisent que : « Lorsque la ronce court dans le pré, c’est  le signe d’une année humide ! »

Ces mêmes anciens ne la détestaient pas autant qu’aujourd’hui : quand il n’y avait pas encore de fil de fer, les fagots et les balais étaient liés d’un brin de ronce fendue appelé le « hart ». On a aussi fabriqué des ruches en ronce fendue enduites d’argile.

Plante remède efficace ?

Ce fut une plante remède aux multiples vertus : « Pour soigner un panaris, il avait mis une feuille de ronce à l’envers pour enlever le pus. » Boissey. « Sur un furoncle : une feuille de ronce », Montviette.  De même, près d’Orbec : « Enfant, une écharde s’est logée dans ma main. Ma grand-mère m’a appliqué une feuille de ronce, côté envers. Je l’ai gardée toute la nuit. Le lendemain matin, l’écharde était ressortie… »

Sur une dartre qui s’étendait : « La toucheuse m’a dit : prends de la tisane de ronce pendant une semaine ». Quelques jours plus tard, la dartre avait complètement disparu ! » « Pour guérir le mal de gorge, se gargariser d’une décoction de bourgeons de ronce. »  Livarot

Au printemps, les anciens mangeaient les jeunes pousses pour se fortifier….

La ronce à table

À la cuisine, les mûres sont préparées  en gelée, en confiture ou ajoutées aux salades de fruits de la fin de l’été. Il est possible de  faire du vinaigre de mûre. Les mûres sont préparées en gâteaux et toutes sortes de dessert.

La ronce de Saint-Martin-de-Mailloc

À Saint-Martin-de-Mailloc près de la mairie, dans la haie qui borde l’aire de stationnement, pousse une ronce qui n’a pu encore être identifiée. Son port, la feuille paraissent  semblables à celles que l’on connaît. Le fruit en est remarquable : il n’est formé que d’une seule drupéole. La plante a été confiée au Conservatoire de botanique de Brest pour être identifiée.

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